Le milan royal
Après un fort déclin national au 19e siècle, le milan royal avait totalement disparu de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA). Les occasions de l'observer dans les Écrins ne manquaient pas mais en passage migratoire uniquement.
Sa réinstallation a pu être confirmée pour la première fois dans la région en 2018 avec la nidification d'un premier couple dans le Gapençais à Pellautier (il y niche régulièrement depuis) ainsi qu'à Saint-Laurent-du-Cros, dans le Champsaur, à 1 km du parc national... mais pas dedans. « Les années suivantes, on sentait bien qu'il se passait quelque chose, raconte Marc Corail, garde-moniteur dans le Champsaur. Des oiseaux étaient vus de plus en plus tardivement au printemps, bien au-delà des dates de migration. Et à plusieurs reprises, j’avais pu observer des adultes transporter des branchages au-dessus du Drac entre Saint-Laurent et Saint-Julien-en-Champsaur. Mais à chaque fois, faute de temps ou faute de s'y atteler vraiment, on passait à côté des probables nids. » Marc poursuit : « En 2025, avec Guillaune Laigle, naturaliste local, nous suivons une aire de milan en construction à Saint-Julien. Un soir, Guillaume note un milan royal sur le nid et le lendemain quand je m'y rends à mon tour, c'est un milan noir qui s'y trouve. Le royal étant coutumier de squatter d'anciennes aires de milan noir, on s'était dit alors qu'il avait tenté sa chance mais s'était fait promptement dégager par les propriétaires ! »
En 2026, à l'initiative d'Aurélie Torres, chargée du plan régional d'action milan royal à la LPO PACA, une prospection commune entre le Parc national et la LPO mobilisait une douzaine de personnes pour localiser les potentiels couples du Champsaur entre Saint-Julien et Chauffayer. Malgré une forte bise glaciale bien peu favorable, au moins trois couples étaient observés et un nid en construction confirmé sur Saint-Julien. La nidification a pu être suivie jusqu'en début d'été mais semble avoir finalement échoué fin juin.
« Vu le nombre de milans royaux que l'on voit voler en couple une bonne partie de l'année, il est très probable que l'espèce soit maintenant bien installée dans le Champsaur, reprend Marc Corail. Et nous avons une hypothèse par rapport à notre surprenante observation du nid de 2025 : Thierry Joubert, autre naturaliste local passionné, a pu photographier en mars un oiseau qui s’avérerait être un hybride des deux espèces de milans - le cas est connu et déjà documenté dans le Massif central. Loin de se faire la chasse, le milan noir et le milan royal se seraient donc reproduits ! Et pour couronner l’affaire, le jeune hybride est venu recharger en branche le nid des deux milans royaux courant mai. »
Le guêpier d’Europe
Là encore, une espèce migratrice régulièrement observée en passage dans le massif s’installe pour une première reproduction dans les Écrins. Et pas qu’une, puisque que ce sont au moins deux colonies et une quinzaine de nids qui ont été recensés dans le Champsaur en 2026 !
Le guêpier est un oiseau remarquable aux couleurs assez exotiques qui niche dans le sud des Hautes-Alpes depuis 1989. D’année en année, son extension vers le nord s’est bien développée sur les bassins du Buëch et de la Durance. Côté isérois, sa reconquête est également signalée sur le bassin du Drac où il est connu nicheur dans le Beaumont depuis 2003. Le guêpier d’Europe affectionne les terrasses fluviales où il creuse son terrier-nid dans les berges terreuses. Les récentes crues du Drac qui ont emporté des terres agricoles ont donc largement contribué à son installation. « Ces nouveaux habitats m’interpellaient depuis plusieurs années, commente Marc Corail, garde-moniteur dans le Champsaur. À plusieurs reprises, j’ai eu de faux espoirs avec des terriers de campagnols assez similaires. »
En 2025, Thierry Joubert, naturaliste local, notait des comportement assez territoriaux de guêpiers sur le grand talus d’érosion du Drac à Chauffayer, ainsi que des cavités suspectes. En 2026, il confirmait enfin l’installation d’au moins sept couples nicheurs sur ce site. Plus en amont sur le Drac, c’est David Juinot, écologue bon connaisseur de l’espèce sur la basse Durance qui confirmait, à son tour, l’installation d’une petite colonie en aval de Saint-Bonnet. « Début août, raconte t-il, je passais mes vacances dans un gîte rural au bord du Drac, et tous les jours, une quinzaine de guêpiers venait me survoler. Bien trop tôt pour des oiseaux en migration ! Intrigué, je suis allé explorer les rives du Drac juste en aval et j’ai découvert deux terrasses occupées par les guêpiers. Les derniers jeunes se sont envolés durant mon séjour, soit bien 15 jours plus tard que ce que j’ai l’habitude d’observer en Provence. »




