Des suivis sur mesure pour une avifaune emblématique
Les Écrins abritent une grande diversité d’oiseaux, notamment grâce à la variété des milieux et des conditions écologiques que l’on y rencontre. Pour mieux connaître cette avifaune et suivre son évolution, le Parc national des Écrins met en place différents suivis scientifiques, adaptés aux espèces et aux enjeux du territoire.
Tout le massif des Écrins, des fonds de vallées au sommets, est peuplé par une avifaune variée. Des espèces témoins des dernières glaciations comme le lagopède alpin, côtoient d’autres espèces emblématiques comme le gypaète barbu ou l’aigle royal, des espèces aujourd’hui bien connues mais dont les populations étaient très réduites, voire absentes des Écrins, lors de la création du parc national. À cette diversité s’ajoutent de nombreux autres oiseaux : des oiseaux d’eau du lac de Serre-Ponçon aux passereaux des alpages, en passant par la chevêchette d’Europe, la plus petite chouette du continent.
Le suivi des populations d’oiseaux de montagne
Les oiseaux des milieux ouverts d’altitude ont longtemps été moins suivis que ceux des plaines, où le déclin de nombreuses espèces communes était particulièrement visible. Pourtant, les populations d’oiseaux de montagne sont elles aussi soumises à différentes évolutions et nécessitent un suivi dans le temps.
En 2014, les Parcs nationaux de montagne et leurs partenaires ont participé à la mise en place du STOM, le Suivi Temporel des Oiseaux de Montagne, un protocole adapté aux conditions liées à l’altitude (durée de l’enneigement, accessibilité…). Son objectif : suivre, année après année, l’évolution des populations d’oiseaux entre 1 600 et 2 400 mètres d’altitude. Pour cela, des points d’observation sont répartis sur l’ensemble du territoire français. Au sein d’un site donné, ces points sont placés de manière à définir un circuit que les agents parcourent en recensant, sur chaque point, les oiseaux qu’ils observent ou entendent. Ce protocole est réalisé en matinée, du lever du soleil (entre 5 et 6 h selon la période) et jusqu’à 5 h après, pour pouvoir faire l’ensemble du circuit prévu. Le comptage est réalisé entre le 10 mai et le 5 juillet, dès que le site est majoritairement déneigé.
Ce suivi est réalisé dans de nombreux massifs français : plus de 90 sites sont aujourd’hui suivis chaque année. Cette approche commune permet de comparer les évolutions observées d’un territoire à l’autre et de mieux comprendre la situation des oiseaux de montagne à l’échelle nationale.
Dans les Écrins, après dix années de suivi, les premières tendances sont contrastées. Certaines espèces semblent stables ou en progression, tandis que d’autres connaissent un important déclin. C’est notamment le cas de l’accenteur alpin, dont les effectifs ont diminué d’environ 30 % sur la période. Cette évolution est particulièrement nette dans les Écrins, bastion de l’espèce dans le massif alpin.
Les galliformes
On ne peut pas parler des oiseaux du massif des Écrins sans évoquer les galliformes, ces « poules des montagnes ». Les Écrins se trouvent à la rencontre de plusieurs influences climatiques, ce qui permet à quatre espèces de galliformes de montagne d’y cohabiter : le tétras-lyre, le lagopède alpin, la gélinotte des bois et la perdrix bartavelle. Ces espèces sont particulièrement sensibles aux évolutions de leur environnement, qu’il s’agisse du changement climatique, de la fermeture des milieux ou du dérangement lié à certaines activités humaines.
Dès les années 1980, face au déclin de plusieurs de ces espèces, des suivis scientifiques ont été mis en place dans le parc national. Ces suivis sont aujourd’hui coordonnés à l’échelle nationale par l’Observatoire des Galliformes de Montagne (OGM), un collectif qui rassemble de nombreuses structures d’origines diverses : Office français de la biodiversité, Office national des forêts, fédérations départementales de chasseurs, gestionnaires d'espaces protégés dont le Parc national des Écrins, etc. Le fait d’utiliser des méthodes communes permet de suivre les populations sur le long terme et de comparer leur évolution entre les différents territoires. Ces suivis partagés permettent également de mesurer l’impact des différents facteurs de déclin sur les populations mais également de vérifier l’efficacité des actions de préservation mises en œuvre.
Chaque espèce ayant un mode de vie et un cycle biologique qui lui sont propres, les suivis sont adaptés à chacune d’entre elles. Ils sont réalisés régulièrement, sur des sites de référence, afin de mesurer l’évolution des populations au fil des années. Ces sites de référence ont été choisis pour être représentatifs des différents types d’habitat occupés par les espèces et des différents contextes socio-économiques.
Dans les Écrins, quatre sites de référence sont suivis pour le lagopède alpin, deux pour le tétras-lyre et trois pour la perdrix bartavelle. Ces suivis permettent notamment de mieux comprendre l’évolution des populations et d’identifier les facteurs qui peuvent les fragiliser.
Les rapaces
Tous les rapaces, diurnes comme nocturnes, sont aujourd’hui protégés en France. Cette protection, mise en place en 1972 en France, a permis à plusieurs espèces de retrouver progressivement des populations plus importantes après des décennies de destruction. C’est notamment le cas du gypaète barbu, qui avait disparu des Alpes au début du 20e siècle. Les rapaces occupent une place importante dans les écosystèmes. En tant que prédateurs, ils participent à leur équilibre et leur présence témoigne également de la bonne santé des milieux dont ils dépendent. On considère également ces espèces comme « espèces parapluie », leur prospérité suggérant celle du cortège de leurs proies.
Le Parc national des Écrins porte une responsabilité particulière pour les rapaces rupestres (qui vivent ou nichent dans les massifs rocheux ou les falaises) de montagne, dont il accueille une part importante des populations. Près de 10 % des effectifs nationaux d’aigles royaux seraient notamment présents dans le massif des Écrins.
Malgré leur protection, les rapaces restent exposés à différentes menaces : collisions avec des câbles ou d’autres infrastructures, empoisonnement, saturnisme, tir ou encore dérangement pendant la période de reproduction. C’est pourquoi certaines espèces font l’objet d’un suivi particulièrement attentif dans les Écrins. L’aigle royal est suivi depuis 1981 et le gypaète barbu depuis le retour du premier couple reproducteur (un trio, même, dans ce cas précis !) dans le massif, en 2017. Les agents du Parc suivent notamment les couples, les sites de nidification et la réussite de leur reproduction.
Ces observations permettent de mieux connaître la répartition des espèces, d’estimer l’évolution de leurs populations et d’identifier les secteurs et les périodes où elles peuvent être particulièrement sensibles. Elles permettent aussi de mettre en place des mesures de protection adaptées, comme les Zones de Sensibilité Majeure (ZSM) pour le gypaète barbu, et de sensibiliser les usagers afin de limiter le dérangement des oiseaux pendant les périodes les plus sensibles.
D'autres suivis, assortis d'une veille environnementale
Nous avons présenté ici quelques-uns des suivis réalisés dans le parc national des Écrins pour mieux connaître et, ainsi, mieux protéger les oiseaux du massif. Ceci étant, nous n’avons bien sûr pas pu être exhaustifs et d’autres suivis scientifiques sont réalisés, comme le comptage hivernal des oiseaux d’eau sur le lac de Serre-Ponçon, le suivi des petites chouettes de montagne (chouette de Tengmalm et chevêchette d'Europe notamment), le suivi d’une colonie de goélands leucophées ou encore le comptage international des vautours au dortoir.
Mais la connaissance des oiseaux ne repose pas uniquement sur des protocoles scientifiques standardisés. Les enjeux peuvent varier fortement d’une vallée ou d’un secteur à l’autre, en fonction des milieux présents, des activités de pleine nature ou encore des activités économiques comme le pastoralisme ou l’exploitation forestière. C’est pourquoi le Parc met également en place, dans chaque secteur, une veille environnementale : une surveillance ciblée et adaptée aux enjeux locaux, qui permet de détecter et de suivre les éléments susceptibles d’affecter le patrimoine naturel du Parc.