Quatre pontes et éclosions au nord des Écrins
Depuis plusieurs semaines, le ciel et les falaises des Écrins concentrent tous les regards. En cette fin d’hiver, les gardes-moniteurs et les nombreux bénévoles passionnés du gypaète barbu (dont les membres de l’association Envergures Alpines) ont tenté de déceler les signes traduisant l’éclosion des œufs pondus deux mois plus tôt. Une fois de plus, c’est le trio de Malaval qui a ouvert le bal, avec une éclosion estimée autour du 20 février. Malgré quelques inquiétudes liées à l’éboulement survenu en haute Romanche et aux survols en hélicoptère qui ont suivi, l’éclosion pour le couple du Grand Clot a bien eu lieu, aux alentours du 22 février. Du côté du Vénéon et du Valgaudemar, les éclosions sont survenues tout début mars.
Quelques mouvements
Le trio de Malaval a jeté son dévolu cette année sur une nouvelle aire située en rive droite de la Romanche. C’est le sixième nid connu pour ces gypaètes, qui ont apparemment préféré en 2026 le soleil des contreforts du plateau d’Emparis. Le secteur semble particulièrement en vogue puisque leurs voisins, le couple du Grand Clot, ont également opté pour une aire juste en-dessous du plateau. « Les deux aires sont extrêmement proches, confirme Yoann Bunz, chargé de mission faune vertébrée au Parc national. Elles se situent à seulement 1,5 kilomètres de distance à vol d’oiseau. Cette cohabitation ne semble pas du tout un problème puisqu’elle se maintient dans la durée : c’est la deuxième année que le trio et le couple sont voisins. C’est le signe que les ressources alimentaires sont suffisantes dans ce secteur et que les oiseaux bénéficient d’une tranquillité satisfaisante. »
Le couple du Valgaudemar a également déménagé cette année pour revenir à leur aire initiale, utilisée avec succès en 2024, avec un jeune à l’envol. Bonne nouvelle, ils se sont ainsi éloignés du nid des faucons pèlerins qui les ont beaucoup harcelés le printemps dernier.
Moins de changement pour le couple du Vénéon qui occupe la même aire depuis l’automne 2021 !
Et maintenant ?
Une fois les œufs éclos, place à l’élevage des jeunes ! Si tout se passe pour le mieux, les envols des différents gypaétons surviendront dans la deuxième quinzaine de juin. Malheureusement, une mauvaise nouvelle est venue assombrir le tableau tout récemment : l’oisillon du trio de Malaval n’a très probablement pas survécu. En effet, l’observation régulière des trois adultes en vol – laissant le nid sans protection – semble traduire l’échec de la reproduction pour cette année. « D’après l’expérience que l’on a, il est trop tard pour une ponte de remplacement, complète Yoann Bunz. Mais il ne faut pas oublier que statistiquement, la reproduction du gypaète a un taux de réussite de moins de 50 %. Avec 6 jeunes menés à l’envol en 9 ans, il n’y a aucune inquiétude à avoir pour le trio de Malaval ! »
L’élevage des jeunes gypaètes reste une période sensible. Pour leur assurer la plus grande tranquillité, quatre périmètres de protection, les ZSM (zones de sensibilité majeure), sont actifs à ce jour (voir cartes ci-dessous). Les ZSM concernant les aires historiques mais non occupées cette année ont été désactivées au 1er mars dernier.
Des nouvelles ailleurs dans le massif
Si aucune installation n’est connue pour le moment plus au sud ou à l’est du massif, des observations encourageantes sont réalisées régulièrement par les agents du Parc et les ornithologues amateurs. « Plusieurs indices montrent une fréquentation intense des gypaètes au nord-est du parc, dans un grand secteur entre le massif des Cerces et la Vallouise, nous apprend Yoann. Actuellement, les accès sont compliqués à cause de la neige, mais une grande prospection avec les structures investies dans le suivi de l’espèce sera organisée ce printemps pour déterminer s’il y a eu installation. »
Côté Champsaur, Elvio et Novo, les deux mâles qui ont assidûment fréquenté la vallée de Molines il y a deux ans, sont de retour dans le secteur. Il ont été observés fin janvier vers Champoléon, mais toujours sans femelle...




