
Fragiles mais essentielles
On ne présente plus les nombreux bienfaits des zones humides, tant pour la nature que pour les humains. Réservoirs de biodiversité - 40 % des espèces animales et végétales dans le monde en dépendent, dont tous les amphibiens en France -, ce sont également des réservoirs d’eau essentiels. « En montagne, les zones humides sont très importantes dans le cycle de l’eau, explique Léa Margaillan, chargée de projet Aclimo au Parc national des Écrins. Elles se comportent comme des éponges en absorbant l’eau quand elle est disponible, quand il pleut ou que la neige fond par exemple, puis en la restituant doucement ensuite. »
Pourtant, ces milieux sont déjà fortement dégradés : à l’échelle planétaire, on estime que 64 % des zones humides ont disparu depuis 1900 du fait des activités humaines. Face à tous ces constats, la préservation et la restauration des zones humides sont devenues une priorité nationale en France.
Une mise en défens vertueuse au lac Palluel
Pour mieux connaître les zones humides du massif des Écrins et notamment les menaces qui pèsent sur elles, les équipes du Parc mènent depuis 2024 un grand inventaire dans les alpages sous la houlette de Léa Margaillan. Sur les zones les plus affectées par la fréquentation des troupeaux ou des randonneurs, des solutions sont imaginées pour les préserver. C’est le cas au lac Palluel (Freissinières), ceinturé par un beau ruban de linaigrettes, mais dont certaines berges sont dégradées par la fréquentation humaine. « Ici, nous avons fait le choix de mettre en défens une partie des berges, explique Léa Margaillan. Grâce à des piquets, des cordons et une petite balise explicative, les randonneurs sont invités à ne pas pénétrer dans cette zone. Le reste des berges du lac reste accessible aux randonneurs. »
Pour parachever la dimension vertueuse de cette mesure, le matériel nécessaire a été acheminé à dos d’âne. « Le matériel, les piquets notamment, était trop lourd à porter à dos d’humains, commente Léa. Nous avons préféré avoir recours à des ânes plutôt qu’à un héliportage. » 1 000 mètres de dénivelé plus tard (avalés en 2h30 !), les deux recrues à quatre pattes de la société caturige Équi’grimpe ont mené à bien leur mission.
Des initiatives partout dans les Écrins
D’autres actions tests sont également menées ailleurs dans le massif, en concertation avec les éleveurs et les bergers. Sur l’alpage de la Lavey (Saint-Christophe-en-Oisans), ce sont des tourbières à sphaigne, des milieux très fragiles, qui ont été mises en défens. « Nous avons protégé les tourbières par patchs, et le troupeau peut continuer à passer autour pour y pâturer quelques jours », détaille Léa Margaillan.
Un peu plus au sud, un filet et un portillon ont été installés au lac Labarre (Valjouffrey) pour éviter que le troupeau ne circule trop sur les berges fragiles du lac.
Les aménagements nécessaires sont parfois plus lourds, comme celui qui sera achevé cette fin de semaine à proximité du hameau des Gourniers (Réallon). « Du fait du piétinement des vaches, la zone humide présente sur l’alpage s’est agrandie et englobe maintenant le parc de tri, explique Léa Margaillan. Elle est également très érodée comme les vaches l’utilisent pour boire. Deux mesures ont été décidées : mettre en défens une partie de la zone humide et réaliser un captage sur sa source afin de dériver une partie de l’eau vers des abreuvoirs. On a cherché à la fois à préserver la zone humide et à permettre l’abreuvement du troupeau. »
Toutes ces actions sont menées et financées grâce au projet européen Aclimo qui regroupe huit parcs français et italiens. Leur ambition commune : accompagner leur territoire dans le défi du changement climatique et de la diminution de la ressource en eau, tout en préservant les patrimoines naturels. Ce projet s’achèvera en fin d’année 2026.




