Les zones humides à l'honneur

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Les zones humides sont à l’honneur en ce début du mois de février ! Chaque année, le 2 février marque la journée mondiale des zones humides. C’est l’occasion de mettre à l’honneur ces milieux riches mais en déclin, malgré les nombreux bénéfices qu’ils procurent.

Les services rendus par les zones humides, en particulier en tête de bassins versants

Un peu d’histoire…

Le 2 février 1971 marque la date anniversaire de la convention sur les zones humides signée par 172 pays, dont la France en 1986. Cette convention sert d’instrument intergouvernemental pour cadrer l’utilisation rationnelle des zones humides et de leurs ressources. Elle reconnaît les fonctions écologiques et économiques, ainsi que les valeurs culturelles, scientifiques et récréatives des zones humides.

Les zones humides, aussi un patrimoine culturel

En 2026, la journée mondiale des zones humides met l’accent sur le patrimoine culturel que représentent les zones humides.

Pour préserver les services rendus par les zones humides dont elles profitent, les sociétés humaines ont développé et se sont transmis des savoir-faire qui participent à leur richesse culturelle. Sur le territoire des Écrins, l’irrigation traditionnelle gravitaire par canaux témoigne de ce lien entre culture et zones humides.

L’irrigation gravitaire, datant du Moyen-Âge, permet d’inonder les parcelles agricoles pour les cultiver, grâce à un mécanisme de rigoles et d’ouvertures. Elle a occupé un rôle social important dans les sociétés alpines, depuis le Mercantour jusqu’au Val d’Aoste : pour construire et utiliser les canaux, ces communautés devaient s’organiser et faire appliquer les règlements mis en place collectivement. Aujourd’hui, ce sont les Associations Syndicales Autorisées (ASA), structures administratives chargées du droit d’eau, qui répartissent les débits réservés aux agriculteurs et aux particuliers, avec un système de taxes et de prélèvements, et qui s’occupent d’organiser les journées d’entretien des canaux encore existants.

C’est ainsi tout un paysage de bocage et un maillage de zones humides que l’on doit au système de canaux. Ils délimitent les haies et entraînent la présence d’un vaste réseau de micro-zones humides, d’origine anthropique (mares) ou naturelle (sagnes, mouillères). La perméabilité des canaux contribue à l’infiltration de l’eau dans les sols, permettant une recharge des parcelles agricoles puis des nappes phréatiques. Les canaux redistribuent spatialement l’eau et freinent son écoulement, participant à une temporisation des crues en cas de fortes pluies. Ils favorisent le développement d’une biodiversité particulière : des espèces protégées à l’échelle nationale comme le sonneur à ventre jaune, la salamandre tachetée, l’écrevisse à pattes blanches ou le campagnol amphibie sont inféodées à ces canaux.

Quelques espèces inféodées aux zones humides des Écrins (de gauche à droite) : le sonneur à ventre jaune, le campagnol amphibie, la salamandre tachetée et l'écrevisse à pattes blanches

Un patrimoine culturel et environnemental menacé

Des milliers de canaux répertoriés en 1900 dans les Hautes-Alpes, seuls 535 fonctionnaient encore en 1935, et plus des 2/3 ne sont plus en service aujourd’hui.

Cet abandon des canaux s’explique en partie par l’effort d’entretien qu’ils demandent, par la diminution de la disponibilité en eau liée au changement climatique, et par la modification des pratiques d’irrigation. L’irrigation par aspersion, ne nécessitant pas l’utilisation des canaux, connaît un soutien institutionnel important du fait des économies d’eau qu’elle permet. Certains agriculteurs sur le territoire des Écrins émettent cependant des réserves : l’aspersion ne permettrait pas d’humidifier suffisamment les sols et demanderait des arrosages plus fréquents qu’avec les anciens canaux gravitaires.

L’entretien et la réactivation des canaux seraient pourtant un levier efficace pour lutter contre l’augmentation des sécheresses du sol en y stockant de grandes quantités d’eau.

Pour souligner son importance et agir en faveur de sa protection, l’irrigation traditionnelle gravitaire par canaux a été inscrite à l’inventaire national du patrimoine culturel immatériel en juin 2024.

Sur le territoire des Écrins, des Mesures Agro-Environnementales et Climatiques (MAEC), issues du second pilier de la Politique Agricole Commune, sont spécifiquement déclinées pour préserver et entretenir les canaux, en concertation avec les agriculteurs.

L’irrigation traditionnelle gravitaire par canaux pourrait-elle contribuer au stockage d’eau dans les territoires de montagne ? Si son adaptation au nouveau contexte socio-économique paraît indispensable, cette pratique mériterait néanmoins d’être incluse dans le débat pour éclairer nos choix sociétaux d’adaptation au changement climatique.

Pour aller plus loin

Le canal Rouvier, patrimoine de l'Embrunais vieux d'au moins 300 ans, est toujours en activité. Le petit film ci-dessous, tourné pendant l'été 2025, met en lumière son histoire, ses défenseurs, et les défis auxquels il doit faire face aujourd'hui.