
Un arrêté pour rendre plus durable une pratique emblématique
Le bivouac constitue une expérience forte de découverte de la montagne et de connexion à la nature pratiquée historiquement par les alpinistes et les randonneurs itinérants. Il est autorisé, sous conditions, depuis la création du Parc national des Écrins en 1973. Le Parc national souhaite maintenir cette pratique, tout en veillant à ce qu’elle reste compatible avec la préservation des patrimoines naturels exceptionnels qui fondent sa mission. Le respect de la tranquillité des sites pour les usagers est également recherché.
Le nouvel arrêté du directeur actualise la réglementation en tenant compte de l’évolution importante des pratiques observées ces dernières années et des enseignements tirés des études réalisées sur le territoire en 2021 et 2025.
Samuel Sempé, directeur par intérim du Parc national, nous en dit un peu plus. « Le bivouac fait partie de l’ADN des Écrins, c'est une grande expérience de nature qui mérite d'être préservée. Mais face au doublement de la fréquentation sur certains de nos sites les plus fragiles, notre responsabilité est d'agir pour que cette pratique reste soutenable. Cet arrêté n'est pas un texte d'interdiction, c'est un outil de protection et de clarification pour garantir que la montagne reste un espace partagé, où la tranquillité de la faune sauvage et la fragilité des milieux sont pleinement respectées. »
Une pratique en forte augmentation qui appelle des adaptations
Les suivis menés depuis plusieurs années montrent une augmentation significative du nombre de pratiquants sur certains sites emblématiques du cœur du parc, avec un doublement du nombre de tentes observé entre 2021 et 2025 sur plusieurs secteurs de référence. Au lac de la Muzelle, un pic de fréquentation a été mesuré à 215 tentes en août 2025.
Cette évolution s’accompagne de pressions accrues sur les milieux naturels : piétinement de la végétation, dérangement de la faune sauvage, production de déchets, pratiques inadaptées à proximité des lacs et cours d’eau, ou encore multiplication des feux interdits.
Face à ces constats, il est nécessaire d’adapter le cadre réglementaire afin de préserver durablement les espaces les plus sensibles.
Une réglementation plus claire et mieux adaptée aux réalités du terrain
Le nouvel arrêté apporte avant tout des clarifications utiles pour les pratiquants. Il précise notamment la définition du bivouac, en distinguant clairement cette pratique du campement, interdit dans le cœur du parc national.
Il rappelle également les principes fondamentaux qui encadrent le bivouac : installation uniquement en soirée après 19h, démontage le matin avant 9h, caractère itinérant de la pratique et limitation à une seule nuit sur un même site. Les tentes devant être installées à plus d’un heure des limites du cœur de parc ou des parkings.
Ces précisions visent à favoriser une meilleure compréhension de la réglementation et à faciliter son application sur le terrain.
Concilier accueil du public et préservation de la biodiversité
L’objectif du nouvel arrêté n’est pas de restreindre l’accès à la montagne mais de permettre une meilleure conciliation entre fréquentation, préservation des milieux naturels et coexistence des usages.
Il introduit ainsi la possibilité de mettre en place, lorsque cela s’avère nécessaire, des mesures de gestion adaptées à certains secteurs particulièrement sensibles ou fortement fréquentés : délimitation de zones dédiées, protection de secteurs fragiles, ou dispositifs spécifiques de régulation (pas en 2026).
Ces mesures pourront être définies au cas par cas, en fonction des enjeux environnementaux locaux et dans le cadre d’un dialogue avec les acteurs concernés puis formalisés par des décisions du directeur du Parc national.
Quelques dispositions spécifiques de l’arrêté
Le bivouac est interdit :
- Dans les sites particuliers fragiles du cœur, signalisés comme tels sur le terrain (zones de tranquillité de la faune, zones humides sensibles, rives de lacs, autres).
- Sur les routes, parkings et les zones d’héliportage (drop-zones) situés en zone cœur.
- L’instauration de quotas sera désormais possible par décision du directeur à des fins de préservation des milieux naturels et de la tranquillité de la faune sauvage. Il n’y aura pas de quotas appliqués à l’été 2026.
- Sur les rives des lacs du Lauvitel et de la Muzelle, le bivouac est interdit à moins de 500 mètres du bord du lac, à l’exception des zones dédiées au bivouac délimitées par une signalétique implantée sur ces sites.
- L’usage d’un réchaud portatif à gaz est autorisé le temps du bivouac. Tout autre dispositif de combustion ou tout feu ouvert est interdit.
- Les rejets des eaux usées de vaisselle, de toilette ou de lessive doivent se faire à plus de 50 mètres des lacs, cours d’eau et zones humides.
Une réglementation construite dans l’écoute
Le projet d’arrêté a fait l’objet d’une consultation du public afin de recueillir les observations et attentes des usagers.
Les 686 contributions reçues ont permis d’enrichir le projet et d’ajuster certaines dispositions envisagées initialement afin de garantir un accès équitable à la pratique du bivouac tout en répondant aux enjeux de préservation. 3/4 des personnes ayant contribué ont déclarées être favorable à l’évolution de la réglementation. Toutefois, l’article 5 à propos des quotas a recueilli un grand nombre d’avis (140), en particulier à propos de la liberté de bivouaquer ainsi que de la possibilité de faire payer l’accès à la réservation. L’arrêté publié ne reprend pas l’hypothèse de paiement.
Cette démarche illustre la volonté du Parc national d’associer les usagers à l’évolution des règles qui encadrent les pratiques de pleine nature. « Sur le terrain, notre priorité reste la pédagogie, l'accompagnement et la sensibilisation. La réglementation est désormais plus claire et plus lisible pour les randonneurs. Nos équipes et nos partenaires seront présents tout l'été pour expliquer ces règles, car nous croyons avant tout à la responsabilité de chacun. Protéger la biodiversité des Écrins tout en permettant une immersion respectueuse dans le cœur du parc, c'est tout l'enjeu de cette démarche », nous confirme Samuel Sempé, directeur par intérim du Parc national des Écrins.
Une action globale au-delà de la seule réglementation
Le nouvel arrêté s’inscrit dans une stratégie plus large portée par le Parc national et ses partenaires.
Cette stratégie repose sur plusieurs leviers complémentaires :
- une information renforcée des visiteurs sur les bonnes pratiques et la réglementation
- une démarche commune avec les offices de tourisme autour d’un « bivouac responsable dans les Écrins » via une veille des publications sur les réseaux sociaux et une communication claire sur les conditions de pratique du bivouac
- des actions de sensibilisation et de médiation sur le terrain en été
- le suivi de l’évolution de la fréquentation et de ses impacts
- la requalification de la signalétique de certains sites particulièrement fréquentés (Lauvitel…)
- une coordination renforcée des opérations de contrôle de police de l’environnement pour garantir le respect des règles (Parc, OFB, Gendarmerie, Police municipale).
L’objectif est de privilégier la pédagogie et l’accompagnement des visiteurs tout en assurant la protection effective des espaces naturels les plus remarquables.




