2025 et 2026, années exceptionnelles du râle des genêts

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oiseau au milieu de grandes herbes
Classé sur la liste rouge mondiale des espèces menacées, le râle des genêts est tout à la fois emblématique des campagnes et en déclin généralisé en France. En 2025, cet oiseau a connu une embellie remarquable dans la vallée du Champsaur, confirmée en 2026. Depuis, les initiatives se succèdent pour mieux protéger et connaître cette espèce de retour.

Un oiseau des campagnes extrêmement menacé

Remarquablement discret, le râle des genêts est un oiseau protégé caractéristique des prairies de fauche. Malheureusement pour lui, il figure aussi parmi les espèces les plus menacées de nos campagnes : en 40 ans, ses effectifs ont dégringolé de 97 %, passant de plus de 2 500 couples à moins de 100 ces dernières années. En cause, la transformation des habitats agricoles, moins riches en ressources alimentaires, et les fauches de plus en plus précoces, qui détruisent les pontes et les poussins.

Au même titre que le gypaète barbu, le sonneur à ventre jaune ou d’autres espèces en danger, le râle des genêts fait l’objet d’un plan national d’action. Dans la région PACA (Provence-Alpes-Côte d’Azur), ce plan est animé par la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) qui dispose d’un budget de 40 000 euros pour financer des actions de protection, notamment des retards de fauche.

Dans le massif des Écrins, jusqu’en 2024, la situation n’est guère reluisante, comme l’explique Marc Corail, garde-moniteur dans le Champsaur. « Le râle est une espèce qu’on peut rencontrer dans le Champsaur, l’Embrunais et à La Grave, dans le Briançonnais. Mais malgré nos efforts de prospection, il était très rare d’observer ne serait-ce qu’un individu par an à l’échelle du parc. »

2025, une première année chargée d’espoirs

oiseau se déplaçant au sol La situation a changé du tout au tout l’an dernier dans le Champsaur. En une soirée de prospection au printemps, plusieurs oiseaux ont été entendus simultanément dans la plaine d’Ancelle. Forts de ce signal très encourageant, agents du Parc et naturalistes locaux se sont mobilisés pour approfondir la piste. Au total, onze mâles chanteurs ont été détectés, huit sur la commune d'Ancelle, trois sur celle de Chaillol.

L’étape suivante, et non des moindres, a consisté à retrouver les exploitants des parcelles concernées pour négocier des retards de fauche. Une enquête menée par Marc Corail, garde-moniteur dans le Champsaur, Elsa Huet-Alegre, responsable territoriale à la LPO PACA, et Muriel Della-Vedova, chargée de mission pastoralisme au Parc national, qui s’est révélée longue et difficile - « le propriétaire de la parcelle n’en est pas forcément l’exploitant », précise Marc Corail. Mais leurs efforts ont payé. « Nous avons réussi à négocier des retards de fauche avec cinq agriculteurs, jusqu'au 1er juillet voire au 14 juillet dans le meilleur des cas. Cela nous a permis de mettre à l’abri huit individus sur les onze râles présents », se réjouit Marc.

Une reproduction confirmée en 2026, la cerise sur le gâteau

L’épisode de 2025 aurait pu rester exceptionnel, mais 2026 a confirmé l’essai. Au début du mois de mai, des râles ont été entendus par les agriculteurs d’Ancelle, qui ont alors alerté le Parc national et la LPO. « À un moment donné, nous sommes sûrs qu’il y avait cinq mâles chanteurs en simultané dans la plaine d’Ancelle, plus un ou deux râles au col de Moissières », nous apprend Marc Corail. « Si il y a autant d’oiseaux qui sont revenus, c’est sûrement qu’il y a eu des reproductions l’an dernier, même si nous n’avons pas pu le confirmer. »

Malheureusement, avec la météo très en avance cette année, une bonne partie de la plaine d’Ancelle a été fauchée dès le début du mois de juin. « Mais nous avons pu négocier des retards de fauche avec quatre des agriculteurs restants », nuance Marc. Et une très bonne nouvelle est arrivée au mois de juillet : Elsa Huet-Alegre, responsable territoriale à la LPO PACA, a assisté à la fauche au col de Moissières et a pu observer trois jeunes se sauver de la parcelle. Une reproduction est donc confirmée, ce qui n’était pas arrivé dans le Champsaur depuis plus de 30 ans !

Des déplacements importants découverts

Dans le même temps, un mâle a pu être équipé d’une balise GPS grâce à l’intervention de Ryan Boswarthick, un doctorant préparant une thèse sur le râle des genêts. Et les surprises ne se sont pas fait attendre. Deux jours après sa capture, le 23 juin, l’oiseau a débuté un périple incroyable, comme le raconte Marc Corail. « Il a fait le tour du Mercantour en 11 jours ! Du Champsaur, il est parti vers Seyne-les-Alpes sur un site où il y a des râles tous les ans avec très probablement de la reproduction. Puis il a enchaîné avec le haut Verdon et le haut Var, à Péone où il y aussi un site avec des râles. Il a continué en haute Tinée, en Ubaye et en Italie de l’autre côte du col de Larche. Il est ensuite revenu en Ubaye dans le vallon du Lauzanier, où il a été entendu par un garde du parc national du Mercantour en compagnie d’une femelle dans une prairie humide d’altitude. Puis le signal GPS a été perdu... »

Grâce à l’équipement récent de seize oiseaux ailleurs en France, on a découvert que ces grands déplacements ne sont pas exceptionnels. Trois râles, deux localisés au col de Tende dans les Alpes maritimes et l’autre à Seyne-les-Alpes, ont ainsi été équipés… en Ardèche. Comme l’explique Marc Corail, « quand tout est fauché chez eux, ils tentent probablement leur chance ailleurs, sachant que plusieurs reproductions sont possibles au printemps ».

oiseau dans l'herbe

De l’intérêt de protéger le râle des genêts

Protéger cet oiseau est une responsabilité relativement nouvelle en montagne, sachant que ses zones de présence historiques se situent dans les grandes plaines, de la Saône et d’Anjou notamment. « Les plaines sont plus souvent drainées et affectées par les changements des pratiques agricoles, ce qui peut expliquer la baisse dramatique des effectifs en France, avance Marc Corail. Les trois quarts des populations se trouvent aujourd’hui dans le Massif central et les Alpes. La montagne est devenue une zone refuge pour cet oiseau, car les pratiques agricoles et le contexte climatique font qu’on y fauche plus tard malgré tout. »

En plus de protéger une espèce en danger, les mesures prises en faveur du râle des genêts profitent également à son habitat et à un cortège d’autres espèces qui nichent aussi dans les prairies de fauche. En ce sens, le râle est ce qu’on appelle une espèce parapluie.

Mais sa protection n’est pas juste une histoire de naturalistes. Marc Corail explique : « On peut intéresser les agriculteurs du point de vue écologique mais aussi économique. » Car si les prairies permanentes sont moins performantes au niveau de la productivité, elles sont plus résilientes et robustes face au changement climatique. « L’enjeu aujourd’hui est de les conserver, confirme Marc. Il s’agit de trouver un équilibre entre une fauche le plus tard possible dans l’intérêt des oiseaux mais pas trop tard pour que le foin ne perde pas sa valeur nutritive. »

Pour aller plus loin

Consulter la fiche espèce du râle des genêts sur BiodivÉcrins