La montagne enneigée : un espace calme, mais pas vide !
Certains insectes se sont adaptés à des conditions hostiles pour la plupart des êtres vivants. C’est le cas de l’étonnante « mouche des neiges » dont un premier spécimen a été découvert en 2024 sur la crête de Chaillol, au-dessus du col du Lautaret, par Guilhem Barneix, garde-moniteur dans le Briançonnais. « Avec ses grandes pattes, j’ai d’abord cru à une araignée. Mais en regardant de plus près, je me suis dis que je n’avais jamais vu un insecte comme ça ! », nous raconte-il. L’individu a été confié aux spécialistes des Tipulomorpha qui participent depuis deux ans à l’inventaire de ce groupe dans le parc national.
Quelques semaines plus tard, la détermination a abouti à l’identification de Chionea botosaneanui, une espèce mentionnée pour la première fois en France !
Une mouche discrète
Mesurant 5 à 6 mm, les Chionea se rencontrent à l’état adulte à la surface de la neige, même si les scientifiques pensent qu’elles vivent aussi probablement sous le manteau neigeux. Elles sont d’ailleurs retrouvées en plaine dans les grottes, les cavités leur offrant probablement un habitat froid qu’elles apprécient.
Se déplaçant avec aisance sur la neige grâce à leurs grandes pattes, elles ne gèlent pas grâce à des molécules « anti-gel » en haute concentration dans leur organisme. Leurs ailes ont disparu, probablement en raison des conditions météorologiques extrêmes que ces mouches subissent. Les scientifiques pensent ainsi que des ailes n’auraient d’autre effet que de les transporter loin de leur niches écologiques, les rendant donc incapables de se reproduire. « C’est un peu comme les libellules qui se font transporter par le vent sur les glaciers et qui y finissent leur vie », explique Guilhem.
Première donnée, vraie rareté ?
Cette espèce est passé inaperçue durant plusieurs années, la détermination étant complexe et nécessitant la dissection des pièces génitales des mâles. Depuis, une trentaine de spécimens de Chionea ont été observées dans le parc national, et il reste probablement des découvertes à faire sur le sujet. « Notre attention sur les organismes vivant dans des conditions extrêmes est importante, puisque le changement climatique va probablement altérer la niche écologique de ces espèces. Les démarches d’inventaires qui sont conduites sur les invertébrés du parc permettront de témoigner de cette dynamique », conclut Damien Combrisson, chargé de mission faune invertébrée au Parc national.
Ne pas confondre la puce et la mouche !
Au gré de vos balades, vous aurez peut-être la chance d’observer cette mouche. Mais il est aussi possible de croiser un autre insecte qui lui ressemble à s’y méprendre : la puce des neiges (Boreus hyemalis). Cet insecte appartient à l’ordre des mécoptères et se déplace sur la neige par petits sauts, ce qui lui a valu son nom .
La publication scientifique réalisée suite à la découverte de Chionea botosaneanui est téléchargeable ci-dessous.




