Un hiver sec en altitude et un printemps moyennement arrosé
Une première visite du glacier les 16 et 17 avril 2026, ayant pour objectif d’étudier la distribution spatiale de l’accumulation de neige sur le glacier, a permis de constater une accumulation plutôt déficitaire, avec une moyenne de 2,9 m sur le plateau (avec une forte variabilité entre des zones du plateau enneigées de moins d’un mètre et des zones avec presque 5 m de neige cumulée). Heureusement, des chutes de neige début mai (du 3 au 5) et vers la mi-mai (du 13 au 16) ont permis d’atteindre un enneigement moyen.
Les mesures d’accumulation ont été faites du 26 au 28 mai 2026. L’équipe conjointe PNE-IGE a pu réaliser l’ensemble des carottages et installer toutes les balises sur le plateau du glacier Blanc. Les conditions de progression et d’exposition dans la face nord-est des Écrins n’ont par contre pas permis de faire les mesures sur deux des trois balises : seule la balise sous la brèche Lory, à 3 900 m d’altitude, a pu être mise en place. 1,9 m de neige ont ainsi été mesurés au front du glacier Blanc à 2 800 m d’altitude, entre 2 et 4 m sur le plateau et de 5 à 7 m dans la face nord-est des Écrins, ce qui correspond à une épaisseur moyenne de neige de 3,3 m sur l’ensemble du glacier. Ceci représente une lame d’eau de 1,51 m sur les 400 ha du glacier Blanc (un stock de 6 millions de m3 d’eau emmagasiné cet hiver), valeur un peu en dessous de la moyenne des 27 années de mesure. C’est somme toute une réserve non négligeable car la fonte totale de neige et de glace avoisine les 13 millions de m3 d’eau chaque été depuis 2014, et ceci conduit le glacier à perdre un volume net de 4 à 5 Mm3 chaque année.
Quid de la contribution hydrologique du glacier Blanc ?
Dans le contexte du réchauffement climatique, la perte de masse soutenue des glaciers est un phénomène global mais, à l’échelle sous-saisonnière, l’évolution dépend aussi des conditions météorologiques. L'objectif d’un nouveau projet scientifique porté par l’IGE est d'établir des estimations quotidiennes du bilan de masse du glacier Blanc en combinant des données d'observation et des modèles numériques basés sur le bilan d’énergie de surface. Dans un second temps, les estimations de fonte seront utilisées comme forçage d’un modèle hydrologique afin d’évaluer la contribution de la fonte nivale et glaciaire au débit du torrent du glacier. Une station météorologique automatique temporaire a ainsi été installée sur le glacier en mai 2026 et nous fournira des données précieuses pour valider nos modèles. Elle sera démontée fin septembre. Des mesures hydrologiques ponctuelles seront également effectuées au cours de la saison de fonte.
Un été qui démarre avec une première canicule précoce… puis une seconde et une troisième… et qui sera surveillé de près
Depuis les mesures d’accumulation, qui correspondent à la fin de l’hiver en haute montagne, l’épaisseur de neige a diminué d’environ 1,5 m (environ 2 m vers le front du glacier et 1 m dans les parties supérieures du glacier) en raison de la densification de la neige (le tassement est d’environ 20 %) d’une part, mais aussi et surtout de la fonte de la neige d’autre part. Celle-ci s’est faite à un rythme de 2 à 3 cm par jour. Le glacier a pu aborder les deux premiers épisodes de canicule (entre le 21 et le 30 mai et entre le 17 et le 28 juin) avec une couverture de neige qui l’aura bien protégé du fort rayonnement solaire alors que les températures de l’air très élevées ont dépassé en journée +11°C à 3 200 m d’altitude sur le glacier. Le troisième épisode de canicule (entre le 6 et le 15 juillet) aura eu raison de cette couverture protectrice puisque la ligne d’enneigement est remontée à l’aplomb du refuge des Écrins sur le glacier vers 3 100 m d’altitude.
Des premières mesures d’ablation ont déjà eu lieu le 25 juin lors d’une visite de maintenance de la station météorologique : les premiers calculs semblent montrer que le glacier avait alors déjà perdu une lame d’eau de 50 cm (environ 1 m de neige). Depuis, la fonte progresse avec un taux estimé à 3-5 cm par jour, chiffre à affiner après les prochaines mesures. Ainsi, les prochaines visites par les glaciologues et les agents du Parc sont prévues fin juillet et courant août. Ce sera aussi l’occasion de remplacer quelques balises qui permettent de mesurer l’ablation de la glace et qui, avec la fonte, finissent par être éjectées, et de mesurer, à l’aide des coordonnées GPS des balises, la vitesse de déplacement du glacier sur l’année.
Ce n’est qu’à l’issue des dernières mesures effectuées à l’automne, qui dépendront des conditions météorologiques rencontrées durant l’été, que nous connaîtrons l’ampleur de la fonte et le bilan de masse du glacier.




