Pré de Mme. Carle : après la crue, gérer l’urgence et préparer l’avenir

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À la suite de la crue exceptionnelle des 27 et 28 août 2026, une conférence de presse s’est tenue sous la présidence de Philippe Bailbé, préfet des Hautes-Alpes, à Vallouise-Pelvoux, afin de dresser un premier état des lieux des dégâts et d’engager les réflexions sur l’avenir du pré de Madame Carle et sur les accès à la haute-montagne. Les représentants de l’État, des collectivités territoriales, des services de secours et le Parc national des Écrins étaient réunis sur le terrain, accueillis par Gaëlle Moreau, maire de Vallouise-Pelvoux.

route de montagne arrachée par un torrent

L’événement a profondément endommagé les berges, les voiries et les réseaux dans la vallée au niveau des bourgs de Vallouise et de Pelvoux. L’accès routier au pré de Madame Carle est interrompu au-delà du hameau d’Ailefroide, la route ayant été emportée sur plusieurs portions, avec par endroits, des décaissements atteignant jusqu’à une vingtaine de mètres. Les volumes de matériaux mobilisés sont considérables et les travaux les plus urgents, mis en œuvre par les collectivités territoriales, consistent à protéger les populations de nouveaux épisodes de crues.

« Nous ne pourrons pas revenir à une situation identique à celle d’avant »

Pour Arnaud Murgia, président du conseil d’administration du Parc national des Écrins, cette nouvelle catastrophe marque un changement d’échelle et impose aux autorités de penser dès aujourd’hui l’avenir du site.

« Nous vivons ces événements ici depuis trop longtemps. J’insiste sur la nécessité d’apporter un cap et ainsi qu’un espoir soit donné aux élus, aux acteurs économiques, aux professionnels de la montagne et à la population pour anticiper la saison estivale 2027. »

Le pré de Madame Carle constitue un site majeur pour l’économie locale, mais aussi « le cœur battant du massif des Écrins », notamment pour l’alpinisme et l’accès à la haute montagne. En 2025, près de 92 000 visiteurs ont emprunté le sentier du glacier Blanc et environ 29 000 véhicules sont montés jusqu'au parking durant la saison estivale. Il s’agit du site le plus fréquenté du parc national des Écrins. Le refuge privé du Pré de Madame Carle propose hébergement et restauration. Les refuges du Glacier Blanc et des Écrins, gérés par la FFCAM, sont indispensables à la pratique de l’alpinisme et de la randonnée en haute montagne dans ce haut lieu du massif.

Face à l'évolution des risques, le président du conseil d’administration du Parc national estime toutefois qu’il faut désormais « être capable de porter une doctrine nouvelle d’accueil touristique » sur ce site. « Nous ne reviendrons pas à la situation antérieure », souligne-t-il, en appelant à imaginer de nouvelles modalités d’accès, compatibles avec la réalité actuelle du site et les évolutions du climat.

Parmi les pistes évoquées figure notamment la possibilité d’une desserte située plus en aval du site actuel, avec une dépose des visiteurs en navette en un lieu à définir, puis d’un cheminement piéton vers le pré de Madame Carle. Cette hypothèse devra être étudiée collégialement, avec les collectivités et les services de l’État, chacun dans ses compétences et responsabilités.

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Rétablir rapidement un accès aux refuges

Dans l’immédiat, le Parc national des Écrins se mobilise pour rétablir les accès pédestres aux refuges. Les agents du Parc interviendront dès le 7 septembre pour remettre en état le réseau de sentiers et le franchissement du torrent du Glacier Noir, afin de permettre aux gardiens de refuge de retrouver les accès à la haute montagne dans les meilleurs délais. « Refaire des sentiers, c’est coûteux, mais cela l’est moins qu’une route », rappelle Arnaud Murgia.

Au-delà de l’urgence, un travail collectif doit désormais permettre de définir une feuille de route pour les prochaines années. Le Parc national souhaite contribuer, avec son ingénierie technique et ses connaissances scientifiques, à éclairer les décisions concernant le devenir du pré de Madame Carle. Ce travail se fera sous la coordination de la Préfecture des Hautes Alpes et en lien avec les collectivités locales et le Département.

Donner un cap pour 2027

route de montagne arrachée par un torrent Cette réflexion devra être engagée dès cet hiver. L’objectif pourrait être de disposer d’un premier schéma directeur d’ici décembre 2026 afin de préparer concrètement la saison 2027 et de commencer à poser les bases d’un travail à plus long terme.

Pour Arnaud Murgia, les événements successifs qui touchent les vallées de montagne - du pré de Madame Carle à La Bérarde, en passant par d’autres secteurs des Écrins - témoignent d’une « nouvelle donne climatique et d’une transformation progressive des conditions d’accès à la montagne. Nous sommes à l’aube de cette transformation et nous devons trouver des voies et moyens pour garder la montagne accessible ».

Le Parc national des Écrins entend ainsi prendre toute sa part à cette réflexion collective, aux côtés de l’État, des collectivités, des acteurs économiques et des habitants. L’enjeu est désormais de conjuguer sécurité, adaptation au changement climatique, préservation des milieux et maintien des activités économiques, en inventant les solutions adaptées à cette nouvelle donne climatique.