Des espèces sentinelles
Point commun des bouquetins et des chamois : ce sont des ongulés sauvages bien sûr, mais ils sont aussi considérés comme des espèces sentinelles, c’est-à-dire des espèces suffisamment sensibles pour signaler avant les autres d’éventuels changements dans leur milieu. Ils sont notamment de bons indicateurs des interactions entre la faune sauvage et la faune domestique. Comme l’explique Yoann Bunz, chargé de mission faune vertébrée au Parc national, « surveiller ces espèces permet à la fois de suivre la santé de la faune sauvage et de servir de signal d’alarme pour la transmission de pathogènes entre la faune sauvage et domestique. Plus un problème sanitaire est détecté tôt, plus il sera facile de réagir. »
Un protocole efficace pour détecter les pathologies émergentes
Pour surveiller la santé des animaux, les agents du Parc national disposent de trois moyens : l’analyse de cadavres à l’opportunité, le suivi visuel (pour détecter d’éventuels symptômes de maladies), et la surveillance sérologique, par prélèvements sanguins.
Ces derniers sont réalisés de manière différente selon l’espèce. Pour les bouquetins, ils sont effectués à l’occasion de captures organisées au printemps dans chaque population des Écrins (Valbonnais, Champsaur, Cerces). Pour les chamois, les prélèvements sont effectués en période de chasse sur les individus abattus, en collaboration avec des ACCA (Associations Communales de Chasse Agréée) volontaires sur le territoire.
Les tests ne sont réalisés que sur une dizaine d’animaux, un effectif à priori faible par rapport à la taille des populations. Pourtant, « il s’agit d’un vrai système d’alerte qui fonctionne très bien, explique Yoann Bunz. Nous menons ce protocole sur le long terme et dans des secteurs différents du Parc, ce qui permet de détecter efficacement une pathologie émergente. »
Bouquetins : des enseignements précieux
Au printemps 2025, les agents du Parc national ont capturé 16 bouquetins de sexe et d’âge différents, sur lesquels 16 maladies ont été testées. Le premier résultat majeur de leurs analyses sanguines est une bonne nouvelle : les maladies les plus préoccupantes du fait de leur impact fort sur la santé des animaux et l’économie – dans les Écrins, la brucellose et la fièvre catarrhale ovine – sont absentes.
Toutefois, d’autres résultats sont plus préoccupants. Ainsi, au moins la moitié des bouquetins capturés souffre ou a souffert d’une ou plusieurs affections respiratoires. Les maladies transmises par les tiques ont également fait une apparition inquiétante, preuve que ces parasites sont plus nombreux en montagne du fait du changement climatique. Enfin, certaines maladies abortives circulent parmi les bouquetins des Écrins. « On ne sait pas encore quel impact elles ont sur la démographie des populations, commente Yoann Bunz. C’est une problématique qu’il nous faudra creuser à l’avenir. »
Chamois : des maladies affectant la démographie de l’espèce ?
À l’automne 2024 (les résultats de 2025 ne sont pas encore connus), des prélèvements ont été réalisés sur 16 chamois – 10 sur la commune de La Grave, 6 sur la commune de La Motte-en-Champsaur –, avec 8 maladies testées.
Comme pour les bouquetins, le bilan des analyses est mitigé : si les chamois concernés sont eux aussi exempts des maladies les plus graves, la circulation de deux affections a été confirmée. Il s’agit de la fièvre Q et du pestivirus, des pathologies qui peuvent se transmettre de la faune domestique à la faune sauvage, et inversement. « Grâce au suivi visuel, nous avons constaté depuis quelques années une légère baisse du taux de reproduction du chamois dans le massif, nous apprend Yoann. Existe-il une corrélation entre cette baisse et la circulation de ces maladies ? Ce lien éventuel sera à explorer. »
Pour aller plus loin
Consulter l'article Petit bilan de santé du chamois dans les Écrins



