
Une forte fréquentation des skieurs de randonnée...
En cet hiver marqué par une instabilité récurrente du manteau neigeux, les itinéraires considérés comme faciles et peu exposés aux avalanches, sont plébiscités par les skieurs de randonnée. C’est le cas de la crête de la Seyte, au-dessus du vallon du Fournel, ou de la tête de Fouran, sur les hauteurs de Réotier. Comme l’explique Cécile Dubois, technicienne patrimoines dans l’Embrunais, « sur Fouran, ces dernières semaines, c’est environ 40 personnes par jour les jours de week-end mais aussi parfois en semaine ».
...Qui menace la survie des tétras lyres
Mais les skieurs ne sont pas les seuls adeptes du site. Les sous-bois clairs orientés au nord sont aussi des sites d’hivernage très appréciés des tétras lyres. Ils y trouvent des conditions favorables pour leur protection et leurs besoins alimentaires. La neige restant poudreuse leur permet de creuser des igloos pour s’enfouir sous la neige, quelques heures voire plusieurs jours. Dans ces abris, ils échappent aux prédateurs et surtout, aux températures extérieurs glaciales, ce qui représente pour eux une économie d’énergie capitale en cette période critique et limitée en ressources alimentaires.
Sur le site de Fouran, mais aussi dans toutes les zones d’hivernage du tétras lyre, la présence d’un itinéraire très fréquenté de ski de randonnée fait peser des menaces sur les oiseaux. Le passage à répétition engendre non seulement un stress et une forte dépense énergétique lors de la fuite, mais il dame également le manteau neigeux, rendant la création d’igloo impossible.
Deux zones de tranquillité essentielles aux oiseaux
C’est pour garantir aux tétras lyres des espaces de tranquillité que l’OFB (Office Français de la Biodiversité) et le Parc national des Écrins ont créé en 2021 deux zones de quiétude sous la tête de Fouran. S’il est interdit d’y pénétrer sous peine d’amende, les agents de l’Embrunais ont relevé cet hiver quelques passages de skieurs indélicats. Afin de ne pas mettre en péril la survie des tétras lyres, il est demandé à tous les pratiquants de respecter les zones matérialisées. Elles ne représentent que quelques hectares et laissent donc suffisamment de place sur le versant pour tracer de belles courbes !
En réponse à la forte fréquentation du site, les agents de l’Embrunais ont réalisé depuis la mi-janvier 2026 plusieurs journées de sensibilisation sur le terrain. Une centaine de skieurs a d’ores et déjà pu échanger et en apprendre plus sur la biologie, l’écologie des tétras-lyre et l’intérêt de ces zones de tranquillité pour mieux partager l’espace avec la faune sauvage.
Si la plupart des skieurs respectent les zones de quiétude, quelques passages ont été relevés en janvier par les gardes de l'Embrunais.
Les zones de quiétude de Fouran en quelques mots
Deux zones ont été définies et matérialisées à proximité de l’itinéraire de ski de randonnée :
- Zone n°1 : un vallon suspendu de 4 ha au dessus de la limite forestière entre 2300 m et 2400 m au nord-est du sommet
- Zone n°2 : 0,6 ha de forêt de mélèzes entre 2280 m et 2310 m à l’est du sommet.
Ces zones sont réglementées : par arrêté préfectoral, il est interdit d’y pénétrer du 15 novembre au 15 mai. Une amende de 4e classe (135 euros) peut être relevée en cas de non respect des zones.
Comment ces zones ont-elles été choisies ?
En 2020, l’OFB réalise un diagnostic des habitats d’hivernage selon le protocole de l’Observatoire des galliformes de montagne. En croisant par analyse cartographique les milieux utilisés par les tétras lyres en hiver et la fréquentation par les skieurs, des zones à enjeux sont identifiées. L’objectif est alors de ne pas compromettre la survie des oiseaux tout en maintenant des conditions de ski optimales, tant au niveau qualité que sécurité, pour cette randonnée très appréciée. Un compromis pour partager l’espace est trouvé avec les usagers (guides, club alpin français) : après concertation et visite de terrain, l’OFB et le Parc national des Écrins proposent la création de deux zones de tranquillité. Depuis l’installation des zones en 2021, le PNE effectue le suivi et la maintenance du site.
Ce projet a été mis en œuvre via l’appui financier du Département, du Parc national et de l’association locale de chasse, via l'appui technique de l'OFB, de l'Observatoire des galliformes de montagne et de la commune... et l’aide bienvenue de quelques bénévoles pour l’installation !




