Sentiers : zoom sur les gros travaux en 2021

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Dans le parc national des Écrins, été rime souvent avec travaux sur les sentiers ! Sécurisation de sentiers, réfection de soutènements, installation de nouvelles passerelles… : 2021 n’a pas échappé à la règle, avec de gros chantiers entrepris un peu partout sur le territoire. Parmi eux, 3 ont nécessité un budget important et ont pu être financés grâce au plan France Relance déployé par l’État.

Des chantiers externalisés

« Le printemps 2021 a été particulièrement actif en terme de dégâts sur les sentiers », nous apprend Stéphane D’Houwt, technicien sentiers au Parc national. Crues, glissements de terrain, éboulements... : les phénomènes météo violents de plus en plus fréquents remodèlent la montagne et endommagent sentiers et passerelles. Lorsque les travaux de réfection demandent du temps, des équipements ou des savoir-faire spécifiques, le Parc national fait appel à des entreprises extérieures.

Travaux dans la combe de l'Embernard - © S. D'Houwt - PNE Sécurisation de la combe de l’Embernard

Cette année, les travaux ont débuté tout début juin avec la sécurisation de la combe de l’Embernard, située entre le lac Lauvitel et le col du Vallon (Oisans). Point de passage obligé du GR54, la zone est fréquemment soumise aux chutes de pierres et de blocs. 2 journées de travaux ont permis le dégagement des éboulements sur le sentier, la taille de prises de pied dans les rochers et l’aménagement de marches, le tout pour faciliter le passage des randonneurs. Bouclé en 2 jours par GDCTM, une entreprise du Vercors, ce chantier aura coûté 4 058 €.

Travaux d’urgence dans le vallon de l’Isola

Le sentier menant au col de Vallonpierre depuis les Auberts (Champsaur) comporte une portion historiquement difficilement d’accès. En cause, un effondrement du versant qui recouvre très régulièrement le sentier et rend le passage particulièrement délicat, la zone étant raide et située au-dessus de barres rocheuses. Malgré un entretien récurrent par le Parc national, de nouveaux dégâts ont été constatés au printemps, rendant l’accès impossible aux randonneurs. Des travaux d’urgence ont toutefois été entrepris mi-juin afin de garantir l’accès aux troupeaux sur les alpages du secteur. Plus précisément, le sentier a dû être retaillé à la pioche sur 60 mètres linéaires. Stéphane commente : « L’intervention a été délicate car les ouvriers ont été exposés aux chutes de pierres en amont et au ravin en aval, le tout sur une zone très glissante ». Un vrai challenge donc, remarquablement relevé par l’équipe de l’ONF (Office national des forêts) du Champsaur ! Coût du chantier : 3 540 €.

Sentier d'Isola, avant-après - © M. Henry

Le sentier du vallon de l'Isola avant et après les travaux

Une solution plus durable est au programme pour l’année prochaine : une déviation pure et simple du sentier. Stéphane explique : « Il est possible de créer un nouveau sentier qui passerait au-dessus de la zone d’effondrement. Comme l’accès aux engins est très difficile, il faudra tailler un kilomètre linéaire de sentier manuellement. Un gros chantier en perspective ! »

Une déviation sur le sentier du saut du Laïre

Accès majeur pour les troupeaux et pour environ 25 000 randonneurs chaque été, le chemin du saut du Laïre au départ de Prapic (Champsaur) a été très abîmé ce printemps. Un glissement de terrain a ainsi enseveli le sentier sous 2 mètres de terre et de pierres. Pour assurer le passage des troupeaux à la mi-juin, des travaux d’urgence ont été engagés. 3 jours auront été nécessaires à l’équipe de l’ONF du Champsaur pour dévier le sentier et la piste agricole en reprenant et en élargissant un ancien sentier sur 115 mètres linéaires. Le nouveau tracé rejoint le sentier précédent sous la chapelle de la Saulce. Coût des travaux : 6 300 €.

Travaux sur le sentier du saut du Laïre - © S. D'Houwt - PNE Travaux sur le sentier du saut du Laïre - © S. D'Houwt - PNE

Travaux sur le sentier du saut du Laïre et rendu final

Réfection de la passerelle de Bas Chardon

Les intempéries endommagent les sentiers mais n’épargnent pas non plus les passerelles. Située dans le vallon du Vénéon au-dessus de la Bérarde (Oisans), la passerelle de Bas Chardon et ses culées ont été très abîmées au printemps 2020. C’est l’entreprise Via Montana du Bourg d’Oisans qui a été chargée de reconstruire les culées, selon la technique de la pierre sèche pour celles situées hors d’eau. Un chantier rondement mené à la mi-juin, qui a permis aux gardes de l’Oisans de poser la passerelle avant l’arrivée des randonneurs ! Coût des travaux : 4 200 €.

3 gros chantiers financés par France Relance

Dans le cadre du plan déployé par le gouvernement, le Parc national bénéficie de 770 000 euros supplémentaires pour rénover sentiers et passerelles d’ici 2023. « Cette somme est un vrai ballon d’oxygène pour nous, explique Stéphane D’Houwt. Grâce au financement à 100 % de gros chantiers, nous allons pouvoir remettre à niveau sentiers et passerelles avec des équipements pérennes et plus faciles d’entretien. »

3 chantiers ont ainsi pu être engagés en 2021 pour près de 117 000 €.

Remise en état du sentier des Crevasses

Reliant le col du Lautaret à l’Alpe de Villar-d’Arêne (Briançonnais), on ne présente plus le sentier des Crevasses, ses panoramas grandioses… et les terrains particulièrement accidentés qu’il traverse ! Pour assurer la sécurité de tous, de nouveaux travaux se sont déroulés pendant 3 semaines en juin. Au programme du chantier : la réfection du soutènement du sentier au niveau du ravin du Colombier, avec le remplacement de 264 mètres linéaires de banquettes en bois. Au préalable, 15 rotations d’hélicoptère ont été nécessaires pour acheminer sur place les 11 tonnes de matériaux et d’outillage.

Travaux sur le sentier des Crevasses - © S. D'Houwt - PNE Travaux sur le sentier des Crevasses - © S. D'Houwt - PNE

Comme pour la première partie du chantier en 2020, c’est l’entreprise italienne Alpivert qui a mené les travaux. Stéphane commente : « Malgré le grand professionnalisme de l’équipe, les conditions d’intervention ont été difficiles compte tenu de l’exposition au vide et du terrain glissant. Sans oublier l’exécution des travaux entièrement manuelle ! Chaque rondin pesait environ 50 kilos et devait être porté à partir du site de stockage, pour un total de près de 200 rondins... » Défi relevé pour le plus gros chantier de cette année (74 686 €) !

Sentier des Crevasses, avant-après - © S. D'Houwt - PNE

Le sentier des Crevasses avant et après les travaux

Réfection de la passerelle de Fouran

Située à Châteauroux-les-Alpes (Embrunais), la passerelle de Fouran permet l’accès à plusieurs alpages et cabanes occupés pendant l’été. En effet, si le vallon du Couleau est assez confidentiel pour la randonnée, il fait l’objet d’une forte activité pastorale. La passerelle étant soumise chaque printemps aux chutes de pierre et au fort débit du torrent, elle est régulièrement endommagée. Un chantier mené à cheval sur juillet et sur août a permis de construire un nouvel ouvrage plus robuste, en maçonnerie. Les travaux ont été confiés à l’entreprise embrunaise Bellot Construction alpine, pour un montant de 33 960 €. « La passerelle de Fouran est un bon exemple de la plus-value apportée par les crédits France Relance, commente Stéphane. Depuis 2014, elle avait été refaite 4 ou 5 fois mais de manière sobre, avec nos moyens du moment. C’est aujourd’hui un vrai ouvrage solide et durable. »

Passerelle de Fouran, avant-après - © S. D'Houwt - PNE

La passerelle de Fouran avant et après les travaux

Une nouvelle passerelle au Crépon

37 ans, c’était l’âge de la passerelle donnant accès au sentier du Ministre et aux refuges de Chabournéou et de Vallonpierre (Valgaudemar) ! Gravement endommagée en 2017, elle avait été réparée plusieurs fois, avant qu’une nouvelle crue l’année dernière n’achève de déstabiliser la structure vieillissante. C’est donc une toute nouvelle passerelle qui a été installée début octobre par l’entreprise Gobbo du Vercors. Une structure métallique, de nouvelles culées maçonnées et une hauteur surélevée devraient permettre à la passerelle de mieux résister aux intempéries. Coût des travaux : 8 036 €.

Passerelle du Crépon, avant-après - © S. D'Houwt - PNE

La passerelle du Crépon avant et après les travaux

Au niveau européen, un plan de relance de l'Union européenne doté d'une enveloppe de 750 milliards d'euros (composés de 390 milliards de subventions et 360 milliards de prêts) pour l'ensemble de l'Union a été approuvé en juillet 2020 par les 27 États membres. Dans le cadre de ce plan de relance européen, les fonds exceptionnels alloués à la France se traduisent en partie par le Plan national de relance et de résilience (PNRR) destiné à refinancer les actions du plan France Relance.

Des travaux réalisés par les agents du Parc national

Un chantier collectif à la Bérarde

Le 16 juin 2021, c’est une vingtaine d’ouvriers saisonniers et de gardes venus des 4 coins du parc national qui se sont rejoint au-dessus du hameau de la Bérarde (Oisans). Stéphane D’Houwt explique les raisons de leur intervention : « L’hiver dernier, une avalanche a créé un bouchon sur le Vénéon. En cédant au printemps, le barrage a emporté la rive droite du torrent sur une centaine de mètres. Et le sentier par la même occasion... »

Chantier collectif à la Bérarde - © S. D'Houwt - PNE Chantier collectif à la Bérarde - © S. D'Houwt - PNE

La mission des agents du Parc pendant la journée collective : retailler et consolider le sentier. « Ça a été un travail physique, commente Stéphane, nous avons dû repartir de zéro. La zone étant située dans des éboulis de moraine, il a fallu dégager les grosses pierres, en retourner d’autres pour avoir des faces planes, boucher les trous et décaisser à la pioche les matériaux gênants. » Un peu plus haut sur le même sentier, des murs de soutènement ont été repris. Réalisés en pierre sèche en alternant couches de panneresses (pierres en long dans le sens du mur) et de boutisses (dans le sens contraire), ils témoignent de la grande technicité et des savoir faire spécifiques des agents du Parc.

Chantier collectif à la Bérarde, pendant-après - © S. D'Houwt - PNE

Sentier pendant et après les travaux

« Les journées collectives sont précieuses à la fois pour le Parc et les agents, explique Stéphane. Certes, elles permettent de construire des ouvrages importants en un jour, mais elles sont aussi l’occasion pour les ouvriers saisonniers de tout le Parc de se rencontrer et d’échanger. »

Chantier collectif à la Bérarde - © S. D'Houwt - PNE

Les ouvriers sentiers du Parc national des Écrins

L’entretien courant assuré par les ouvriers saisonniers

Chaque année, des ouvriers saisonniers, souvent originaires des vallées des Écrins, viennent prêter main forte aux agents du Parc national à la belle saison. Tous les secteurs du Parc bénéficient de 3 renforts : 2 ouvriers et un chef d’équipe. De part leur disponibilité et leur réactivité, ils peuvent rapidement intervenir en cas de besoin. Leur aide est également indispensable pour le montage des passerelles au printemps.

En 2021, ils ont participé à l’entretien de la signalétique sur 691 km de sentiers, à des travaux d’entretien sur 507 km de sentiers, et à l’entretien de 147 passerelles et ouvrages de soutènement, soit au total 1 205 journées de travail pour un budget de 235 000 €.

Signalétique sentiers - © S. D'Houwt - PNE Zoom sur le le schéma des sentiers du Parc national des Écrins

Formalisé à la création du Parc national, le schéma des sentiers recense les itinéraires pédestres d’accès au cœur du parc depuis les vallées et les villages. Ces sentiers sont entretenus majoritairement par le Parc, mais également par les communes, les communautés de communes et l’ONF (Office national des forêts) sur les terrains domaniaux. Chacun de ces acteurs assume ainsi la maîtrise d’ouvrage lorsque des travaux sont nécessaires sur son périmètre.

Le schéma des sentiers étant inscrit dans le PDIPR (plan départemental des itinéraires de promenade et de randonnée) de l’Isère et des Hautes-Alpes, le Parc national bénéficie chaque année du soutien financier des 2 Départements pour les travaux entrepris.

Un périmètre de travaux élargi

Ces dernières années sont marquées par la reprise progressive de la maîtrise d’ouvrage des travaux de l’ONF par le Parc national. En 2021, cela a représenté 122 km de sentiers supplémentaires à entretenir, soit un équivalent de 150 journées de travail pour les agents saisonniers. Pour faire face à ce surplus, le Parc national a décidé de sous-traiter les travaux. 2 prestataires se sont positionnés sur le marché public :

  • le CPIE de Haute-Durance, une association de réinsertion. Ses ouvriers sont intervenus dans la Vallouise, où ils ont retracé le sentier du col de l’Aup Martin emprunté par le GR54 (pour 2 700 €), et dans l’Oisans et le Valbonnais, où ils ont entretenus les sentiers du col de Côte Belle, du refuge de Font-Turbat, du lac des Rouies et du lac du Vallon (pour 12 150 €).
  • Forêt Scop, une jeune entreprise de travaux en montagne. Ses salariés se sont chargés de l’entretien de 3 sentiers dans le Champsaur-Valgaudemar : le lac des Pisses, le lac Lauzon et le col de Font Froide (pour 31 248 €).

Élagage sous le lac Lauzon - © Forêt Scop Épierrement sur la piste du Roy - © Forêt Scop

Et pour l’année prochaine ?

Le plan France Relance étant en vigueur jusqu’en 2023, 4 gros chantiers sont d’ores et déjà prévus pour l’été prochain : le remplacement de la passerelle du Carrelet (Oisans), la déviation du sentier d’Isola (Champsaur), le pavage du sentier d’accès au hameau de Dormillouse (Vallouise) et la reprise d’un ancien sentier pour sécuriser l’accès au vallon du Distroit (Embrunais). « Peut-être pourrons-nous également engager les travaux pour les passerelles de Counit dans le Valgaudemar et du glacier Noir dans la Vallouise, complète Stéphane D’Houwt. Ils seront alors étalés sur 2 ans. »