La réserve intégrale du Lauvitel : un refuge climatique pour les diptères boréo-alpins

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Pour certains insectes, la réserve intégrale du Lauvitel présente des conditions écologiques proches de celles rencontrées dans les régions boréales et subarctiques du nord de l’Europe. A côté d’espèces plus habituelles sous nos latitudes, les dernières découvertes de Christophe Lauriaut, viennent nous le rappeler. En effet, ce spécialiste de la taxonomie des diptères a récemment identifié un lot de 154 espèces collectées en réserve intégrale entre 2019 et 2020. Parmi elles, onze sont tout simplement nouvelles pour la France !

Mouche

Des espèces caractéristiques des milieux froids

Cynomya mortuorum (Calliphoridae), est une mouche nécrophage (qui se nourrit de cadavres) connue pour sa tolérance aux basses températures et elle apparaît souvent comme un bon indicateur des milieux froids et peu anthropisés. Cette espèce qui est fréquemment associée aux régions boréales et aux zones montagnardes fraîches se retrouve aussi en réserve intégrale.

Même idée pour le genre Calliphora car si Calliphora vicina ou Calliphora vomitoria sont des espèces très communes, la présence de Calliphora loewi est beaucoup plus remarquable. Cette espèce est considérée comme typiquement boréo-alpine et reste surtout liée aux climats frais d’Europe septentrionale et des massifs montagneux.

Dans la famille des Fanniidae, Fannia norvegica constitue probablement l’un des meilleurs exemples d’affinité nordique dans l’inventaire. Comme son nom l’indique, cette espèce est surtout connue des régions septentrionales et demeure relativement peu fréquente dans les secteurs plus méridionaux hors contexte montagnard.

Paysage de montagne avec un lac Les Muscidae du genre Thricops apportent également des indications écologiques fortes. Plusieurs espèces recensées, Thricops aculeipes, T. nigritellus, T. semicinereus et surtout T. sudeticus sont régulièrement associées aux étages montagnards frais. T. sudeticus possède notamment une affinité marquée pour les environnements subalpins et les climats rigoureux.

Parmi les Syrphidae, Platycheirus albimanus est une autre espèce emblématique des milieux humides et froids. Ce syrphe est particulièrement fréquent dans les tourbières boréales et les habitats nordiques, mais trouve également des conditions favorables dans certaines zones subalpines alpines.

D’autres taxons recensés au Lauvitel vont dans le même sens (Hydrophoria diabata, associée aux milieux froids et humides, Paregle coerulescens, à tendance septentrionale, Phaonia zugmayeriae, espèce montagnarde spécialisée, ….). Pris individuellement, ces taxons ne caractérisent pas toujours un microclimat subarctique mais leur coexistence au sein d’un même site suggère une forte composante boréo-montagnarde.

Des espèces particulièrement vulnérables au changement climatique

À mesure que les températures augmentent, les habitats froids se réduisent et se fragmentent. Contrairement aux espèces généralistes capables de coloniser rapidement de nouveaux milieux, les diptères spécialisés des environnements froids possèdent souvent des exigences écologiques étroites (températures basses, humidité élevée, phénologie liée à l’enneigement ou dépendance à certains habitats forestiers subalpins). L’inventaire réalisé par Christophe Lauriaut contribuera à documenter les évolutions futures au sein de cette biodiversité.

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