La montagne, un espace fréquenté et influencé par l’homme depuis la Préhistoire

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L’archéologie, l’une des activités de recherche scientifique accompagnée par le Parc, aide à construire le puzzle complexe du passé des sociétés humaines de montagne. En effet, les hommes parcourent, exploitent et marquent la montagne depuis beaucoup plus longtemps qu'on ne le pense, comme nous l’explique Florence Mocci, archéologue en milieu rural et alpin au centre Camille Jullian (CNRS-Aix Marseille Université).

Archéologues à l'abri sous roche de Faravel © Kevin Walsh

Florence, peux-tu nous expliquer ce qu’est l’archéologie alpine ?

Florence Focci dans la réserve intégrale du Lauvitel © Olivier Sabatier - PNE Cette discipline a été impulsée au début des années 1990 avec notamment la découverte d’Ötzi, dans les Dolomites italiennes. Ce fut le signal démontrant que, malgré les glaciers, il y avait bien une fréquentation humaine à haute altitude à la Préhistoire. Notre équipe du centre Camille Jullian et l’Université de York avons démarré nos recherches dans les Écrins en 1998 dans la haute vallée de Freissinières. Notre travail consiste à identifier toutes les traces de fréquentation, d’occupation et d’activité humaine en montagne, entre 2 000 et 2 700 m d’altitude. Au cours de nos prospections pédestres et des fouilles archéologiques, nous découvrons principalement des objets en silex et plus rarement de la céramique – les ossements sont quasi absents des Écrins à cause de l’acidité du sol. Nous fouillons des gisements préhistoriques (Mésolithique et Néolithique) et des structures agro-pastorales datées entre la fin de la Préhistoire et la fin de l’Antiquité. L’archéologue ne travaillant pas seul, nous collaborons avec les paléo-environnementalistes qui étudient l’évolution des paysages et de la végétation depuis la Préhistoire. Les paysages de montagne ont longtemps été considérés comme naturels et immuables alors qu’ils portent l’empreinte de l’homme dès la Préhistoire.

Que nous apprend l’archéologie alpine sur les sociétés de montagne ?

Sondage archéologique dans la réserve intégrale du Lauvitel © Lionel Roux - CCJ CNRS Notre travail collaboratif et interdisciplinaire a mis en évidence des traces de fréquentation de la montagne dans les Écrins dès la Préhistoire ancienne, et les premières traces de pastoralisme en altitude dès la fin de la Préhistoire. Dans la montagne de Faravel, à 2 350 m, nous avons découvert un objet, une lamelle appointée se rattachant au Paléolithique final (il y a environ 16 000 ans), qui est à ce jour l’outil de cette période trouvé le plus haut en altitude en Europe. Nous avons mis en évidence la présence de stations de chasse du Mésolithique puis du Néolithique, grâce à de nombreux outils en silex et une trentaine de gisements de plein air. Sans oublier les peintures rupestres préhistoriques de l’abri Faravel occupé du Mésolithique au Moyen-Âge, qui est à ce jour, à plus de 2 130 m d’altitude, un site unique dans les Écrins et les Alpes.

Archéologues à l'abri sous roche de Faravel © Thierry Maillet - PNE Pour résumer, les montagnes durant la Préhistoire étaient des zones de chasse et de passage d’une vallée à une autre. C’est à la fin du Néolithique-début de l’âge du Bronze ancien qu’apparaissent et se développent, en altitude, les activités humaines et les structures bâties pastorales : il y a 4 400 ans, les hommes ouvrent le milieu, notamment par l’action du feu sur la forêt, alors présente jusqu’à 2 300 m d’altitude. Cette emprise de l’homme sur la végétation se poursuit durant les périodes suivantes avec un summum au Moyen-Âge, toujours en lien avec le pastoralisme, mais aussi avec l’essor des mines et de l’exploitation forestière pour la construction des bâtiments et des navires. Les paysages de montagne d’aujourd’hui sont ainsi le résultat d’une évolution des activités humaines qui a débuté dès la Préhistoire récente.