Un automne dans les Écrins

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Paysage d'automne à Réallon - © M. Coulon - PNE
La saison estivale s’est terminée et il est temps pour les gardes-moniteurs du Parc national de regagner les vallées ? Pas tout à fait ! L’automne est en effet une saison bien occupée, entre travaux, démontage des passerelles, tournées de fin d’estive, bilans scientifiques, surveillance de la chasse et autres actions de terrain.

Beaucoup d’installations à démonter...

Sur les 110 passerelles entretenues par le Parc national, 69 doivent être démontées à l’automne. « Plusieurs raisons à cela, détaille Stéphane D’Houwt, technicien sentiers. Certaines sont menacées par les avalanches l’hiver ou les crues au printemps. Pour d’autres situées en altitude, c’est tout simplement le poids de la neige qui risquerait de les endommager. » De début octobre à la Toussaint, les gardes-moniteurs s’activent donc sur les ouvrages concernés. Les passerelles sont démontées sur place et stockées à l’abri à proximité. Si certaines sont petites et relativement faciles à démonter, d’autres requièrent des manœuvres plus acrobatiques voire des rotations d’hélicoptères !

Démontage de la passerelle de Plaret-Gény (Oisans) - © P. Saulay - PNE

Le démontage des passerelles est un défi autant logistique que temporel. Comme l’explique Stéphane, « c’est un vrai pari sur la météo. Il faut laisser les derniers troupeaux descendre d’alpage et attendre au maximum pour permettre l’accès des randonneurs. Mais dans le même temps, il ne faut pas trop tarder pour ne pas avoir à démonter les passerelles sous la neige ! ».

Démontage de la signalétique dans le Valgaudemar - © I. Miard - PNE Autre installation également concernée par les intempéries et donc le démontage : les panneaux de signalétique. Dispersés un peu partout en montagne, ils permettent aux randonneurs de s’orienter et de matérialiser les limites du cœur de parc. Chaque garde-moniteur sur son secteur est donc chargé d’une tournée de démontage. Une bonne occasion aussi de repérer les équipements endommagés à remplacer pour l’été prochain !

… Et d’autres à mettre en place !

À l’inverse, certaines zones sont concernées par des spécificités hivernales et nécessitent une signalétique particulière à installer avant que les sols ne soient trop gelés.

C’est le cas des zones de quiétude pour les tétras lyres. Délimitées par des cordes munies de fanions, elles visent à éviter le dérangement du galliforme en encourageant skieurs de randonnée et hors-piste à faire un détour ! De nombreux secteurs dans le parc national sont concernés par ce type de protection : la Recula (Champsaur), la tête de Fouran (Embrunais), la croix du Carrelet (Oisans), le vallon du Fournel (Vallouise), la montagne de Cibouit (Briançonnais).

Mise en place de la zone de tranquillité tétras lyre à la tête de Fouran - © M. Coulon - PNE Mise en place de la zone de tranquillité tétras lyre à la tête de Fouran - © M. Coulon - PNE

Il s’agit également de réinstaller la zone snowkite au col du Lautaret, seule endroit où cette pratique est autorisée en cœur de parc national.

Des travaux à entreprendre

Pavage sur le sentier du Lauvitel - © C. Coursier - PNE Même si beaucoup de travaux sont menés à la fin du printemps, l’automne est également une saison propice, avant les premières neiges bien sûr ! « Les travaux sont réalisés au moment où ils gênent le moins randonneurs, bergers et autres usagers de la montagne », explique Cyril Coursier, technicien du patrimoine dans le Briançonnais. Reprise des pavages et des murets sous le lac Lauvitel (Oisans) ou le col d’Arsine (Briançonnais), réfection de passerelles pastorales dans la Guisane… : l’automne 2021 est résolument manuel chez les agents de terrain !

Pour en savoir plus sur les travaux réalisés cet été et cet automne dans le parc national, consulter le dossier en lien.

Des tournées de fin d’estive dans les alpages

Autre gros morceau pour les agents de terrain à l’automne : les tournées de fin d’estive. L’objectif du garde-moniteur pendant sa tournée : visiter l’alpage pour évaluer la consommation de l’herbe par les troupeaux et constater des éventuelles dégradations liées au surpâturage. « En un mot, veiller à l’équilibre des pâturages », résume Muriel Della-Vedova, chargée de mission agriculture au Parc national. Cette évaluation est réalisée via une grille de consommation qui va de l'absence de trace de pâturage au pâturage complet. La tournée de fin d’estive est également l’occasion d’échanger avec le berger sur sa saison et les difficultés qu’il a pu rencontrer.

Tournée de fin d'estive à l'alpage de la Gardette (Embrunais) - © I. Miard - PNE Tournée de fin d'estive à l'alpage de la Gardette (Embrunais) - © I. Miard - PNE

2 types d’alpages des Écrins sont concernés par les tournées de fin d’estive :

  • les alpages dits sentinelles et les alpages concernés par des problématiques particulières (surpâturage sur certains secteurs par exemple). Dans ce cas de figure, les agents du Parc national sont accompagnés des services pastoraux (le CERPAM dans les Hautes-Alpes, la Fédération des alpages dans l’Isère) et du berger pour réaliser une visite exhaustive de l’alpage selon un circuit identique d’une année sur l’autre. Les évaluations réalisées en chaque point servent à alimenter les programmes de suivi des alpages dans le cadre du changement climatique.
  • les alpages concernés par des mesures de gestion spécifiques, les mesures agro-environnementales. Michel Bouche, technicien du patrimoine dans l’Embrunais, nous explique : « Ce sont des mesures ciblées sur des zones à enjeux pour la biodiversité, décidées pour 5 ans. Elles peuvent viser à favoriser la reproduction de la faune, à enrichir la biodiversité ou à protéger la flore. » Les mesures vont par exemple prévoir un report de pâturage dans certaines secteurs pour assurer nourriture et tranquillité aux tétras lyres pendant la reproduction et l’élevage des jeunes, ou à l’inverse, arrêter le pâturage en cours d’été pour garantir une ressource en herbe aux bouquetins pendant l’hiver. La tournée permet alors d’évaluer l’efficacité des mesures de protection et d’envisager des adaptations futures.

La surveillance de la chasse en zone d’adhésion

Contrôle d'un chasseur - © R. Papet - PNE Si la chasse est interdite en cœur de parc national, elle est autorisée en zone d’adhésion. En tant qu’agents de police de l’environnement assermentés par l’État, les techniciens et gardes-moniteurs sont chargés de faire respecter les règles de la chasse sur leur secteur, en collaboration avec les collègues de l’OFB (Office français de la biodiversité). Ils peuvent ainsi contrôler les permis de chasser, les assurances, le respect des mesures de sécurité (gilet orange, lieux d’affût à distance des routes, etc.). Ils restent bien évidemment mobilisés pour lutter contre le braconnage et faire respecter l’interdiction de la chasse dans le cœur du parc.

À savoir

Certaines espèces comme les cerfs, les chamois ou les chevreuils sont soumises à des plans de chasse par grandes zones géographiques. Ce sont les fédérations départementales qui proposent les plans de chasse, validés par la Préfecture après avis du Parc national. Pour chaque espèce, le plan de chasse fixe pour la saison à venir un quota minimal et maximal d’animaux à abattre. En fonction de l’état des populations, des critères supplémentaires, comme des classes d’âge, de sexe ou de poids, peuvent également être précisés. Lorsque ces attributions ne sont pas respectées, les agents du Parc national rédigent des procès-verbaux transmis au procureur de la République.

Contrôler les cueillettes d’automne

Myrtilles en automne - M.G. Nicolas - PNE Le début d’automne est propice à la cueillette de baies sauvages et de petits fruits comme les myrtilles et les framboises. Et aussi un bon prétexte pour se promener en montagne ! Même si de manière générale, toute collecte de végétaux est interdite en cœur de parc national, une tolérance existe pour les fruits sauvages : une cueillette d’1 kg par jour et par personne, avec interdiction d’utiliser un peigne. Les agents de terrain du Parc national sont donc chargés de faire respecter cette réglementation pour garantir une disponibilité pour la faune et une pérennité des végétaux.

Suivis et bilans scientifiques

L’automne est également le bon moment pour établir bilans de l’année en cours et prospectives pour l’année suivante. Les protocoles scientifiques déployés par le Parc national se succèdent toute l’année, mais certains connaissent un temps fort à l’automne. C’est le cas du programme de suivi des glaciers du parc national, dont une étape importante est réalisée en septembre-octobre, au moment où la neige accumulée pendant l’hiver a complètement fondu. 3 séries de mesures sont alors réalisées :

  • le bilan de masse du glacier Blanc, le plus important glacier des Écrins,
  • la mesure de la position du front du glacier Blanc,
  • tous les 2 ans, des photos-constats d’une quarantaine de glaciers des Écrins pour suivre leur recul.

Relevés au glacier Blanc - © M. Bouvier - PNE Montage de l'appareil photo au glacier Blanc - © M. Coulon - PNE

Pendant l’automne, les agents du Parc assurent aussi le suivi sérologique des chamois avec l’aide des associations communales de chasse (ACCA). Yoann Bunz, chargé de mission faune, nous explique : « Le suivi est réalisé à Molines-en-Champsaur cette année, dans le cadre des chasses dirigées par l'ONF. Ce protocole consiste à réaliser des prélèvements sur des chamois morts afin d’en savoir plus sur les causes de décès et les potentielles maladies impactant la faune sauvage locale. Grâce à eux, on connaît mieux l’état de santé des populations du territoire et on dispose ainsi d'un bon indicateur pour détecter très tôt l'arrivée de potentielles épizooties, les épidémies frappant la faune sauvage ». Le choix du chamois pour ces suivis sanitaires ne doit rien au hasard : comme le précise Yoann, « le chamois est l’une des espèces sentinelles dans les interactions avec la faune domestique, tout comme le bouquetin des Alpes ».

Suivi sanitaire chamois dans le vallon de Londonnière (Champsaur) - © D. Vincent - PNE Autre suivi complémentaire qui s’achève à l’automne : le suivi sanitaire visuel des populations de chamois. Organisé en 3 phases (mars, juillet et novembre), ce suivi consiste à observer sur l'ensemble du parc national 700 chamois par phase et à observer toutes les anomalies pouvant traduire un mauvais état de santé (lésions et/ou symptômes).

Photos et observations naturalistes

Criquet sur myrtilles à l'automne - © M. Coulon - PNE Même si la flore se raréfie beaucoup à l’automne, la montagne reste très habitée. Cette saison est d’ailleurs très favorable pour observer certaines espèces comme les criquets et les sauterelles. « Ce sont des espèces qui deviennent adultes tardivement, en août, nous apprend Frédéric Goulet, garde-moniteur en Vallouise. Tant qu’il n’y a pas de neige ou de fortes gelées, elles restent actives. En décembre parfois, on entend encore les stridulations des criquets sur les adrets ! »

L’automne et ses jolies ambiances sont également particulièrement propices à la prise de vue. Au Parc national des Écrins, le choix a été fait de former un groupe d’agents de terrain afin de professionnaliser la photo et de bénéficier d’une photothèque fournie et de qualité. Cette activité fait partie intégrante de leurs missions et permet au Parc de faire découvrir en images les richesses des Écrins… et de faire rêver !

Premières neiges à Dormillouse - © T. Maillet - PNE