Flore et posters d'altitude

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Grimpez, marchez et herborisez ! Depuis 2015, 16 affiches pédagogiques ont été créées pour raconter les plantes des sommets, celles que l'on rencontre autour de huit refuges des Écrins et sur autant d'itinéraires classiques d'alpinisme.

Qui l'eut cru ? C'était en 2014, Damien Haxaire, alors gardien du refuge du Pelvoux, interrogeait le garde du secteur à propos d’une mystérieuse plante sans fleur qui poussait dans la pelouse non loin du refuge...

Botryche lunaire - photo Bernard Nicollet - Parc national des Ecrins Il s'agissait d'une bien vieille fougère qui est apparue dans les Alpes à l’ère glaciaire. Elle intrigue avec ses deux frondes, une stérile et l’autre fertile, portées par une même tige. Si elle a suscité la curiosité de Damien, il n’est pas le seul...

Au Moyen-Âge parait-il, elle avait le pouvoir de rendre invisible les soirs de pleine lune. D’où son nom aujourd’hui de botryche lunaire.

Voilà pour la petite histoire...

Qui aurait dit que cette conversation sonnerait le départ d’une collection de posters pédagogiques traitant de la flore d’altitude autours de refuges et le long de quelques grandes classiques de l’alpinisme ?

L'idée à fait son chemin.

De fait, entre 2015 et 2020, ce ne sont pas moins de 16 affiches qui ont vu le jour et qui ont trouvé place dans les refuges et les maisons du Parc concernées, soit 9 refuges et 7 itinéraires classiques de l’alpinisme, couvrant des difficultés variées allant de « F » à « TD ».

  • Le refuge du Pelvoux et les arêtes de Sialouze, poster que l'on retrouve aussi à la Maison du Parc de Vallouise.
  • Le refuge du Promontoire et les arêtes de la Meije, poster que l'on retrouve aussi à la Maison du Parc de Bourg d’Oisans.
  • Le refuge du Soreiller et l’Aiguille Dibona, poster que l'on retrouve aussi à la Maison du Parc de Bourg d’Oisans.
  • Le refuge Adèle Planchard et l’arête sud de la grande Ruine, poster que l'on retrouve aussi à la Maison du parc de Briançon.
  • Le refuge de Temple Écrins et le pic Coolidge, poster que l'on retrouve aussi à la Maison du Parc de Bourg d’Oisans.
  • Les refuges de Chabournéou et de Vallonpierre. Les arêtes du Sirac, poster que l'on retrouve aussi à la Maison du parc de la Chapelle en Valgaudemar
  • Le refuge du Sélé, poster que l'on retrouve aussi à la Maison du Parc de Vallouise.
  • Le refuge de Font Turbat et l’arête des Murois, poster que l'on retrouve aussi à la Maison du parc d’Entraigues

Sur chaque site décrit, deux posters : l'un traite des végétaux poussant autour du refuge et l'autre aborde les plantes qu’on rencontre, longueur après longueur, passage après passage, sur un itinéraire classique au départ du même refuge.

De quoi patienter malin au relais (en restant concentré quand même !) mais aussi, attendre la soupe ou siroter un rafraichissement en herborisant autour des refuges...

Le service communication du Parc harmonise la mise en page, le choix et la réalisation des illustrations, le tout dans un souci d’esthétisme évident. Ces posters ont de plus une véritable vocation pédagogique et sont le fruit d’une enquête minutieuse et collégiale, conduite par les botanistes des secteurs sous la coordination de Cédric Dentant, botaniste au service scientifique du Parc.

 Comment imaginer qu’à ces altitudes, dans ce milieu minéral, sous à un rayonnement intense, soumis à une sécheresse estivale comme hivernale, aux amplitudes thermiques époustouflantes, où le vert semble condamné à la portion congrue, comment imaginer une telle richesse végétale ? Il fallut donc faire un choix, parmi toutes ces fougères, arbres, arbustes et plantes à fleurs, des plus rares ou plus communes, des plus emblématiques aux plus discrètes. Quatre-vingt huit espèces ont été à ce jour décrites. On y rencontre le célèbre bouleau du Sélé, les saules nains plus modestes de Temple Écrins, les androsaces emblématiques des cannelures Stofer à la Dibona, l’inattendue airelle des marais dans la traversée de la Meije ou encore les attendues silènes en coussinet de l’arête des Murois.

Erictriche nain - photo Cédric Dentant - Parc national des Ecrins Les plantes en coussinets y occupent une place importante. L’éritriche nain en est la star incontestée, 7 citations, présent sur tous les itinéraires,

« La version haute montagne du myosotis bien connu, solidement ancré dans une fissure, des fleurs bleu intense piquées sur un coussin vert argenté formé de feuilles velues en rosettes agglomérées, il ne craint ainsi ni les rayonnements ultra violet, ni le froid, ni la sécheresse propres à la haute altitude. A coup sûr une plante qu’on n’oublie plus... »

Pour les alpinistes curieux, cette magnifique espèce ne sera visible que dans les Écrins. Elle est en effet totalement absente du massif du Mont-Blanc.

Saxifrage fausse mousse - photo B.Nicollet - Parc national des Ecrins Le genre saxifrage, avec 18 citations pour 5 espèces représente le cinquième des végétaux décrits.

  • la saxifrage fausse mousse,
  • la saxifrage à feuilles opposées,
  • la saxifrage tronquée,
  • la saxifrage musquée,
  • la saxifrage paniculée

Quoi de plus légitime si on se penche sur l’étymologie du nom « saxifrage » on découvre qu’il est est ici, dans cet environnement minéral, parfaitement à sa place : « du latin ‘saxum’, pierre, et ‘frangere’, briser. »

Et bien sûr les incontournables reines des parois, les androsaces dont la toute nouvellement décrite pour la science : l’androsace du Dauphiné.

Androsace du dauphinée - photo M.Coulon - Parc national des Ecrins

Et puis toutes celle qu’on connaît, qu’on reconnaît, et dont on a oublié le nom, ou que l’on a jamais vraiment su, toutes les autres qui nous rappellent celles qu’on a déjà vu dans une vallée voisine, ou dans le pré à côté de la maison, dans les joints du béton de la cour de l’école…

Et si c’était les mêmes ? Arrivées là sous forme de graines dans le pelage d’un chamois, sur les pattes d’un accenteur ou d’un chocard, qui ont dévalé dans le torrent, propulsée par une avalanche, ou bien,…, coincées dans le « tirebouchonnage » de nos chaussettes ?

Le poster mode d’emploi !