La recherche aux sommets

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Savez-vous qu'il y a des fleurs sur les plus hauts sommets des Ecrins ? C'est en quête de compréhension de l'histoire de ces plantes particulièrement courageuses et obstinées, qu'un travail de recherche est mené entre le Parc et le Laboratoire d'écologie alpine.

Les glaciers amaigris que nous observons actuellement - conséquence assez brutale de notre société industrielle - ont quand même connu leur heure de gloire ! Pendant presque 2 millions d'années, ils ont été les maîtres de l'espace alpin, recouvrant les montagnes et façonnant les vallées. Cette période glaciaire a pris fin il y a à peine une centaine de siècles.

Programme écologie verticale - Parc national des Ecrins - ©  Sébastien Ibañez

Au début de la grande glaciation, la plupart des espèces végétales qui nous entourent existaient déjà (Homo sapiens également). Fuyant les températures glaciales et les sols gelés ou recouverts de glace, elles s'étaient réfugiées dans le sud de l'Europe (sud de l'Espagne, Italie, Grèce...), très progressivement, au fil des germinations successives et des dispersions des graines. Même ainsi, plus de 80% de la flore européenne a été éradiqué par le froid.

Toutefois, même au plus fort de la période glaciaire, quelques unes d'entre elles n'ont pas eu peur de rester à proximité des glaciers, comme c'est à présent avéré pour l'Eritriche nain, et se sont installées sur de hauts sommets rocheux alors émergés des glaces. De telles zones refuges ont été appelées « nunataks », mot inuit désignant la montagne.

Programme écologie verticale - Parc national des Ecrins - ©  Sébastien Ibañez

Une équipe du Laboratoire d'écologie alpine (LECA - CNRS) de Grenoble, en partenariat avec le Parc national des Ecrins, s'est donc lancée dans l'analyse de populations de plantes adaptées à de tels milieux. Ce sont des plantes dites « en coussinet », car elles ont un port extrêmement compact et une taille réduite, doublée d'un enracinement très profond dans les failles rocheuses. La structure de ces plantes leur permet de supporter d'importants écarts thermiques (forme compacte limitant la déshydratation et le gel) et l'absence de sol constitué (enracinement profond pour aller chercher eau et nutriments). L'étude porte ainsi sur : la Silène acaule (Silene acaulis subsp. exscapa), le Saxifrage fausse-mousse (Saxifraga bryoides), le Saxifrage à feuilles opposées (Saxifraga oppositifolia), le Saxifrage musqué (Saxifraga exarata subsp. moschata), l'Androsace pubescente (Androsace pubescens), l'Androsace de Vandelli (Androsace vandellii), l'Androsace helvétique (Androsace helvetica), et l'Eritriche nain (Eritrichium nanum).

L'objectif de cette étude scientifique est de déterminer si de telles espèces ont su affronter les conditions extrêmes de l'ère glaciaire en restant dans ces fameux nunataks, ou encore si certaines d'entre elles y sont nées, en se différenciant de leurs proches cousines des plaines. Par extension, ce travail permettra de définir plus précisément où étaient ces zones émergées des glaces dans le parc.

Différentes études génétiques, couplées à des travaux de modélisation des glaciations, permettront ainsi d'étendre la connaissance sur la vie en montagne pendant cette période hostile, ainsi que sur les mécanismes d'apparition d'espèces "spécialisées" dans de telles conditions écologiques.

Ce programme de recherche n'est pas qu'un travail de laboratoire, car aller prélever des échantillons nécessite de transporter, en plus du matériel traditionnel d'alpinisme, des tubes remplis de substance (silicagel) assurant la conservation des échantillons de plantes. Il est également nécessaire d'être en situation de prendre des notes, chose pas toujours aisée. Au final, un tel travail demande un sac plus lourd et un temps de course plus long que de normal. Ceux qui ont déjà affronté les aléas et l'engagement physique de la haute montagne apprécieront !

Programme écologie verticale - Parc national des Ecrins - ©  Sébastien Ibañez

Au final, ce sont l'ensemble des faces, arêtes et sommets sud des Ecrins qui devraient être parcourus, permettant d'engranger plusieurs milliers d'échantillons. L'Olan, l'Ailefroide et le Pelvoux ont déjà été prospectés. Le Râteau vient d'être fait cette année (avec au passage un merci tout spécial aux gardiens du refuge de la Selle et leur magnifique accueil !), auquel s'ajoutera le pilier sud de la Barre des Ecrins en septembre. L'année 2011 sera pour partie dédiée aux différents sommets du cirque du Soreiller (Oisans).

Qui a dit que la recherche ne se faisait qu'avec sa tête ?