Le sacre des prairies fleuries... et fauchées !

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La parcelle de Philippe Bertrand-Pelisson, située aux Marches d'Orcières, représentera les Écrins au concours national des prairies fleuries. Au-delà du bon équilibre entre la qualité fourragère et la richesse écologique de cette prairie, le jury récompense la ténacité des paysans du haut-Champsaur pour faucher de tels sites.

"On fauche dans des conditions particulièrement rudes, on y passe beaucoup de temps et on se pose forcément beaucoup de questions" reconnaît Noémie Kreiss Kaquet (GAEC Ferme des Cabrioles). "C'est encourageant et valorisant qu'on s'y intéresse" explique la jeune chevrière des Marches aux membres du jury du concours des prairies fleuries qui viennent de parcourir LA grande parcelle du GAEC.

C'est surtout son mari, Julien, qui s'occupe de la fauche. Voilà 5 ans qu'ils ont repris cette exploitation, située aux Marches, sur la commune d'Orcières. Une cinquantaine de chèvres, la fabrication du fromage et l'activité de ferme pédagogique les occupent pleinement. La fauche apporte les 2/3 du fourrage, le dernier tiers étant acheté. Le tracteur ne peut pas aller partout. Trop de pente. Alors Julien termine à la motofaucheuse et n'oublie pas de couper l'herbe des talus.

 

Ce sont des prairies naturelles, accrochées en terrasses dans les versants d'adret de la commune d'Orcières qui obtiennent les deux premières places au classement local du concours des prairies fleuries. Au-delà des qualités agro-écologiques des parcelles, le jury local du concours des prairies fleuries a clairement salué des pratiques de fauche qui ont une empreinte sur le paysage.

2012-philippe-bertrand-pelissierC'est la parcelle d'un voisin de Noémie et Julien qui représentera les Écrins au concours national des prairies fleuries. Une petite parcelle pentue et difficile à faucher que Philippe Bertrand Pelisson, éleveur de brebis, s'échine à exploiter pour nourrir son troupeau.

Du point de vue de la pure "rentabilité", ils pourraient se "contenter" d'acheter le foin plutôt que de faucher dans de pareilles conditions...

Mais est-ce qu'on s'installe comme paysan dans le haut-Champsaur pour la "rentabilité pure" ?

Et comment mesure t-on la santé des bêtes qui bénéficient naturellement des plantes médicinales des prairies alentours dans leur fourrage ? Est-ce que le fromage aurait le même goût sans le fenouil des prés ?

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Philippe Bertrand Pellisson, éleveur de brebis, explique ses pratiques de fauche au jury. Sa parcelle représentera les Écrins au concours national agricole des prairies fleuries.
Également installés aux Marches (Ocières) Julien et Noémie diversifient les activités de leur GAEC autour d'un troupeau de 50 chèvres.

Paysans, pays, paysages...

Jeudi 21 et vendredi 22 juin, un jury éclectique a scruté huit parcelles du haut-Champsaur. Un botaniste, un écologue, un apiculteur, deux techniciens de la chambre d'agriculture, une chercheuse en agro-alimentaire... Selon leurs spécialités, les membres du jury  ont étudié la valeur fourragère des prairies naturelles candidates (productivité, valeur nutritive, souplesse d'exploitation, appétence de l'herbe...), leur valeur écologique (diversité floristique, renouvellement de la végétation, valeur patrimoniale, valeur faunistique...) et leurs qualités mellifères. Ils ont eu à juger de situations très variées depuis Champoléon jusqu'au fond du plateau de Charnières, à Prapic, en passant les Marches d'Orcières ou Saint-Jean-Saint-Nicolas.

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Graminées, légumineuses, flore patrimoniale, espèces mellifères... Le jury, scrute l'herbe de la prairie.

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Le jury a été "acheminé" en remorque par Alban Dusserre-Bresson jusqu'au plateau de Charnières.

La qualité d'une prairie naturelle tient à la manière dont elle est fauchée, pas trop tôt pour permettre au maximum d'espèces de fructifier mais pas trop tard pour avoir un volume et une bonne qualité de fourrage. Elle sera parfois fumée. Son histoire compte aussi : à quoi elle a servi dans le passé mais aussi la manière dont sont utilisées les parcelles qui l'entourent...

"On n'y fait pas grand chose, elles sont belles naturellement... " disent modestement les agriculteurs. Mais elles sont fauchées ! Et ça change tout. Pour la biodiversité, pour les paysages, pour la qualité du fourrage donné aux bêtes, pour la santé du troupeau et donc pour la qualité du lait ou de la viande qui sont produits... Un vrai travail de paysan, ancré dans le pays et le paysage.

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RÉSULTATS 2012 - PARC NATIONAL DES ÉCRINS

 

1ère parcelle : celle de Philippe Bertrand-Pellisson aux Marches/Orcières

2ème parcelle : celle de Noémie et Julien, du GAEC des Cabrioles aux Marches/Orcières

3ème parcelle : celle de Gilles MOYNIER aux Garnauds/Champoléon

La remise des prix aura lieu localement lors des Rencontres paysannes du Champsaur-Valgaudemar, le 30 septembre prochain à Saint-Bonnet.
Le résultat du concours national sera connu en décembre 2012.

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Les autres parcelles proposées au concours étaient celles de Maryline Moynier aux Gondoins (Champoléon), de Jean Espitallier aux Gondoins (Champoléon), Jean Claude Bertrand-Pommier aux Fourès (Orcières), d'Alban Dusserre-Bresson à Prapic (plateau de Charnières à Orcières) et de Pierre Blanc à Saint Jean Saint Nicolas. Des parcelles, toutes de grande qualité, qui ont suscité de nombreux échanges au sein du jury et lors des échange avec chacun des agriculteurs.

Les membres du jury :

Le president Pierre-Yves Motte (president de la chambre d'agnculture), Patrick Challet (apiculteur), Herve Cortot (ecologue), Michel Francou (garde-moniteur et botaniste), Jean-Luc Coussy (technicien de la chambre d'agnculture), Sebastien Guion (conseiller territorial), Muriel Dellavedova (chargée de mission en agriculture au Parc national des Ecrins), Claire Agabriel (chercheur enseignant à Vetagro Sup, à Clermont-Ferrand).

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Une équipe de France 3 est venue réaliser un reportage lors du concours, diffusé le vendredi 22 juin au journal du 19/20 Provence-Alpes.
Le Dauphiné-Libéré, la Provence et l'Espace Alpin se sont également fait l'écho du concours.

La fauche des prairies naturelles est une activité agricole à part entière. La communication et la valorisation de telles pratiques est importante aussi pour que le grand public comprenne pourquoi il ne faut pas marcher dans les prés qui n'ont pas été fauchés : l'herbe couchée ne peut plus être fauchée. Et c'est une perte nette pour l'exploitant.

2012-06-pf-queyrasDans le Queyras...

Le concours agricole national des prairies fleuries est organisé dans des parcs naturels.

Il s'est déroulé sur le territoire du parc naturel régional du Queyras les 25 et 26 juin dernier. Neuf agriculteurs ont reçu les membres du jury local composé d'experts agronomes et écologues. Une présentation des parcelles sera proposée à l'occasion de la fête des fleurs et l'homme, samedi le 14 juillet à Abriès.

La remise des prix aura lieu quant à elle à lors de la foire agricole de la St Mathieu le 22 septembre à Château Ville Vieille.

2012-journal-prairies-fleurLe journal du concours national des prairies fleuries peut être téléchargé.