Et au milieu coule un glacier

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Le montage "accéléré" d'images du glacier Blanc prises quotidiennement pendant environ un an permet de visualiser son déplacement... imperceptible à l’œil nu. Si le glacier "coule" naturellement vers l'aval, cela n'empêche pas son front de remonter et sa masse de diminuer sous l'effet des changements climatiques...

Installation appareil photo automatique glacier blanc © Parc national des Ecrins Installation appareil photo automatique glacier blanc © Parc national des Ecrins
L'installation et le suivi du matériel a été réalisé par Thierry Maillet, technicien patrimoines du PNE en Vallouise

Afin de compléter le suivi du glacier Blanc dans ses différentes mesures, un projet à visée pédagogique a été initié par le Parc national des Écrins : un appareil photo automatique a été installé en poste fixe pour photographier quotidiennement le glacier.

"Plusieurs images ont été prises chaque jour et, sur la période servant au film en accéléré, de juillet 2013 à septembre 2014, nous avons choisi la meilleure série à une heure donnée" explique Pascal Saulay, chargé de mission multimédia au Parc national des Écrins. "Les images sont ensuite montées une à une et l'on détermine une vitesse de défilement afin de voir... l'invisible à l’œil nu, car trop lent : le déplacement du glacier."

Une crevasse a été prise en référence et la mesure de son déplacement donne 80 m sur une période d'un an environ.

Et au milieu coule un glacier... par Parc-national-des-Ecrins

La réalisation du montage est signée Keep-it-up.
Production Parc national des Ecrins 2015.

Ce document montre le déplacement du glacier mais ne donne aucune indication concernant son "bilan de masse", fruit des suivis réalisés par les agents du Parc national et coordonné par Martial Bouvier, garde-moniteur du PNE.
Malgré quelques épisodes de répit, le volume du glacier Blanc diminue, en réponse à l'évolution du climat. Un déséquilibre qui remonte aux années 80.

La technique et les photos surprises

Pascal Saulay, chargé de mission "images" au parc national © M.Coulon- Parc national des Ecrins Pascal Saulay, chargé de mission "multimédia" au Parc national des Ecrins, explique le contexte technique de cette opération :

L'installation en poste fixe d'un appareil-photo automatique dans un site inaccessible la moitié de l'année (globalement de la mi-octobre à mi-mai), nous a imposé de nous diriger vers des équipements endurants au froid et économes en énergie électrique. Pour cette première installation d'un équipement de photo automatique en altitude (près de 2900m) les inconnues étaient nombreuses. Le froid aurait-il un impact rapide sur la durée de vie des batteries ? L'enneigement permettrait-il de prendre des photos tout l'hiver ? Le vent ne provoquera-t-il pas une congère sur l'appareil-photo ? Y aura-t-il de la buée sur l'objectif ? Comment récupérer facilement les données de l'appareil-photo ? Comment garder le même cadrage ? Comment automatiser la prise de vue ?...

Pour des soucis d'intégration dans le site, d'endommagement de matériel lié aux vents violents, aux chutes de neige ou de pierres, de portage, nous ne désirions pas nous diriger vers l'installation de panneaux solaires ou la connexion à des batteries de grande capacité. Le premier point à valider était le fait que l'appareil puisse fonctionner pendant 6 mois sans lui changer ses batteries.

Après différentes études des matériels existants, de contacts avec des organismes divers, d'universités, de solutions sur mesure, nous avons finalement opté pour un matériel tout intégré, en l’occurrence un simple piège photographique. Cet appareil est prévu pour fonctionner en extérieur pendant de longues périodes, et dixit le fournisseur nous pourrions tenir l'hiver sans problème... ce qui a été effectivement le cas.

Les relevés de température récupérés par la sonde de l'appareil-photo, même si elles ne sont pas calibrées, ont montré une température minimale de -16°C en hiver et de 11°C en été.

 

Ces données ont été prises au lever du soleil, avant que celui-ci ne vienne réchauffer l'équipement. 
Cet équipement avait aussi l'avantage de disposer d'un programmateur intégré. Ne connaissant pas exactement l'étendue des ombres portées par les sommets environnants le site, et même si des logiciels d'ensoleillement de site nous auraient permis d'affiner l'horaire, il n'était pas certain que tout le relief de l'endroit choisi aurait été pris en compte. Nous avons alors décidé de faire une prise de vue toutes les 30mn à partir du lever du jour, et jusqu'au coucher du soleil, ce qui a représenté pas loin de 11500 photos ! Après étude des photos, nous avons trouvé que l'heure idéale était finalement à 10h du matin pour que l'ensemble du plateau glaciaire soit dépourvu d'ombre.

Les photos ont aussi réservé quelques "surprises", les premiers skieurs de randonnée, le sable du Sahara venant de se poser sur la glace, une belle chute de neige plâtrant la montagne, et quelques ambiances à des périodes de l'année où aucun randonneur ne vient s'y égarer !

 

Une autre question était le nombre d'images exploitables, et donc est-ce que la buée ou la neige ne viendraient-elles pas obstruer l'objectif de l'appareil-photo ?

Grosse surprise au visionnage des images : sur les 434 premiers jours de prises de vue, seulement 2 images ont été inexploitables à cause de la neige qui s'était déposée sur l'objectif. Nous n'avions pas particulièrement protégé l'appareil, si ce n'est pas un becquet rocheux naturel et un endroit bien ventilé, permettant l'évacuation rapide de la neige.

Ensuite, une autre question concernait le nombre de jours où l'équipement serait dans le brouillard, les nuages, et où le temps serait couvert. La problématique était d'avoir la série de photos la plus homogène possible afin de limiter les écarts lumineux et ensuite de pouvoir monter un film en accéléré qui soit visionnable de manière confortable. Après analyse des images, nous avons finalement pu exploiter 2/3 d'entre-elles avec un beau ciel bleu ! Seulement 17% étaient complètement inexploitable (brouillard ou nuages nombreux), et 21% montraient un ciel couvert.

Sur 434 jours, cela représentait presque 270 images.

 
 Le choix du site était primordial : éviter les dangers classiques (avalanches, pierres...) et bénéficier d'un accès relativement aisé pour l'installation initiale et son entretien. Le groupe opérationnel glacier, mené par Martial Bouvier, et Thierry Maillet, le technicien patrimoine de ce secteur, connaissent parfaitement le site et ont pu pré-localiser plusieurs endroits potentiels, avant le jour de l'installation.

Nous avions envisagé un temps de pouvoir télécharger à distance les images, mais outre le fait d'une consommation beaucoup plus importante, la mise en place d'un "pont wifi" ou d'une liaison radio aurait été lourde en entretien et onéreuse. C'est donc un agent du Parc national qui est venu remplacer les batteries et changer la carte mémoire à intervalles définies.

L'exploitation des images a donc permis de réaliser ce film en accéléré de l'écoulement naturel d'un glacier.
François Cora de la société Keep-It-Up a réalisé le montage et ajouté quelques informations synthétiques en "motion design".