Pour de belles nuits en pleine nature

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Bivouac à Vallompierre - Valgaudemar - photo Thibaut Blais - Parc national des Ecrins
Le bivouac ? Une pratique originale à expérimenter pour des randonnées itinérantes ou simplement deux jours en montagne, avec un peu de préparation... Voici quelques clés pour de bons moments à vivre, dans le respect des espaces naturels et des réglementations.

Bivouac sous les étoiles - photo Mireille Coulon - Parc national des Ecrins Quelques jours en immersion totale dans la nature suffisent pour offrir une vraie coupure avec le quotidien. Reste alors un choix : où passer la nuit ?

Bien sûr, le refuge et son ambiance conviviale est la solution. Mais le bivouac pourra tenter ceux qui sont équipés et qui ne reculent pas devant un peu plus de préparation et de poids sur le dos !

Pour 2020, voir l'article : Les refuges des Ecrins s'adaptent pour leur réouverture - juin 2020

La pratique du bivouac peut néanmoins impacter les milieux naturels et ne s’improvise pas. Alors voici quelques rappels pour vous aider à préparer votre séjour autonome dans les règles de l’art.

Bivouac, camping ou camping sauvage ?

Le bivouac
C'est un campement sommaire dans un milieu sauvage, à la belle étoile ou avec une tente pour une nuit au plus. Le principe est de s’installer au coucher du soleil et de plier son campement au lever du jour, sans laisser de traces en quittant les lieux. Dans le cadre d’une randonnée itinérante, cette pratique est tolérée théoriquement avec l’accord du propriétaire privé ou public de la parcelle sur laquelle on passe la nuit.

Le camping
Le campement (tente, camping-car ou tout autre abri) n’est pas démonté en journée. Il est autorisé seulement dans les aires naturelles ou les campings aménagés habilités à recevoir du public. Mieux vaut commencer par cette pratique avant de s’aventurer pour la première fois en bivouac dans des espaces naturels.

Un intermédiaire entre le camping et le bivouac ?
Les aires de bivouac aménagées allient le confort et la sécurité d’un camping avec la sensation d’aventure que procure un vrai bivouac. Elles se situent souvent dans des lieux où il n’y a pas de refuge ou de camping aménagé.

Le camping sauvage
C'est une forme de campement non démonté le jour et donc sur plusieurs jours mais cette fois-ci dans une zone non gérée par un exploitant et non aménagée pour la pratique. Les campeurs ont plutôt tendance à se balader en véhicule motorisé (camping-car, combi, voiture…) et à se poser dans des endroits plus proches de la "civilisation" (parking, bord de route, champs…). Il peut être interdit sur certaines communes et, dans le cas contraire, il nécessite l’autorisation du propriétaire du lieu.
Pour en savoir plus sur le camping sauvage et le bivouac

Quelles réglementations pour le bivouac ou le camping sauvage ?

La réglementation française précise qu’il est interdit de bivouaquer ou de pratiquer le camping sauvage :

  • Sur la voie publique,
  • Dans les sites naturels classés ou en instance de classement,
  • Dans les sites patrimoniaux remarquables,
  • Aux abords des monuments historiques,
  • Sur les rivages de la mer,
  • A moins de 200m d’un point d’eau destiné à la consommation.

Dans certaines zones définies par des arrêtés municipaux ou préfectoraux (Réserves Naturelles Nationales, les Arrêtés Préfectoraux de Protection de Biotope, Réserves intégrales…), et les Réserves Biologiques Domaniales : renseignez-vous lorsque vous pensez dormir dans ces espaces !

Bivouac vue sur le massif des Ecrins - photo Mirelle Coulon - Parc national des Ecrins

Il faut savoir que les espaces protégés ont également leurs propres réglementations en fonction des zones, telle que la zone cœur d’un Parc national comme celui des Écrins. Certains points essentiels pour partir bivouaquer sont à connaître, notamment l’interdiction de camper afin de préserver la beauté des lieux. Voir la carte et la reglementation spécifique du bivouac dans les Parcs naturels en France sur ce site.

réglementation Parc national des Ecrins La réglementation du Parc national des Écrins précise que le bivouac est autorisé de 19h à 9h, à plus d’1h de marche des accès routiers et de ses limites. Cependant, dans certains cas particuliers du cœur de Parc très fréquentés, le bivouac est autorisé à moins d’1h des limites du cœur : au Pré de la Chaumette, aux abords du lac de la Muzelle à Vénosc, au Pré des Selles à côté du lac Lauvitel. Voir l'Arreté du directeur du Parc national des Ecrins sur le Bivouac en zone Coeur. Pour toute question sur l'état des sentiers, la règlementation, la météo, ou autre, vous pouvez également vous renseigner dans les maisons du Parc.

Par ailleurs, sur le plateau du Taillefer, zone Natura 2000, le bivouac peut constituer un dérangement pour la faune et la flore exceptionnelle qui y vit, dans les tourbières et les zones humides du plateau, par exemple. C’est pourquoi, sur le plateau du Taillefer, le bivouac doit être installé en respectant les recommandations pour ne pas déranger ces espèces patrimoniales. Dans ce lieu, il s'agit aussi de ne pas sortir des sentiers pour ne pas piétiner la flore en s’éloignant des bords de lacs et des tourbières.

Observation d'un chevechette d'Europe dans le Champsaur - Marc Corail (c) Parc national des Ecrins

Les Parcs naturels régionaux n’ont pas de réglementation générale concernant le bivouac. Il faut alors se référer aux réglementations spécifiques de certains sites naturels protégés ou communaux.

Dans le Queyras, par exemple, deux zones font l’objet de mesures locales :

  • Le vallon de Bouchouse, situé sur la commune de Ristolas, protégé par un arrêté préfectoral selon lequel le bivouac est interdit à l’intérieur du périmètre de protection de biotope qui comprend les trois lacs (et en particulier dans les zones matérialisées par des cordelettes, interdite à tout piétinement).
  • La Réserve naturelle nationale de Ristolas-Mont-Viso.
Six conseils pour un bivouac confortable et bienveillant

Bivouac en famille - photo C.Coursier - Parc national des Ecrins Comment préparer au mieux sa rando ?

Pour préparer sa rando, il y a un coup à prendre pour que la logistique devienne une habitude.

Avant de se lancer dans l’organisation, renseignez-vous sur les autorisations de bivouac selon l’endroit où vous souhaitez vous aventurer qui ne sont, vous l’aurez compris, pas les mêmes partout.

Ensuite, choisissez votre itinéraire et repérez les éléments qui le caractérisent : distance et temps de marche entre les étapes, sources et refuges.

La vérification des conditions météorologiques est primordiale pour ne pas finir détrempé par la pluie une fois sur les chemins, ou en difficulté sous la tente lors d’orages violents.

Bivouac à Emparis - photo Carlos Ayesta - Parc national des Ecrins Enfin, si vous ne l’avez jamais fait avant, s’entraîner à monter sa tente pourra vous enlevez un poids au moment de le faire, après plusieurs heures de marche dans les pattes !

En parlant de matériel, une randonnée itinérante ne peut se passer d’un sac bien préparé.
Voici donc quelques conseils de ce qu’il devrait contenir :

Le matériel pour dormir :

  • Tente : 3 ou 4 saisons, légère, facile à installer
  • Matelas : auto-gonflant, qui combine isolation thermique et confort
  • Sac de couchage : selon la température, privilégier le garnissage en plume, plus léger et plus compressible 
  • Drap de sac : pour l’hygiène et la protection du duvet

Bivouac à Emparis - photo Carlos Ayesta - Parc national des Ecrins Le nécessaire pour des petits plats proches de la grande cuisine :

  • Réchaud portatif (le feu est souvent interdit dans les Parcs et limités l’été par des arrêtés préfectoraux)
  • « Popote » : ensemble d’ustensiles comprenant couverts, couteau multifonctions, casserole, couvercle et paravent pour économiser le gaz
  • Aliments : secs, caloriques, peu volumineux et qui se conservent bien. Il existe un grand choix de plats lyophilisés dans le commerce, repas trés pratique et léger.

Surtout, prenez des vêtements chauds :

  • Polaire ou micro-polaire
  • Sous-couche thermique
  • Veste coupe-vent et imperméable
  • Doudoune
  • Bonnet (on dit que la chaleur s’en va par la tête !)
  • Sans oublier de garder des vêtements au sec pour le soir

Le Pelvoux - vue de nuit -  photo Mireille Coulon - Parc national des Ecrins Et des accessoires pas si accessoires qu’on ne le croit :

  • Lampe frontale
  • De quoi se repérer : topoguide, carte IGN, boussole, GPS de randonnée
  • Moyen de communication : téléphone et batterie externe, le tout accompagné des numéros de secours (112 : numéro d'appel unique européen)
  • Assurance : pendant vos activités de pleine nature, vous êtes seul responsable en cas d’accident, alors mieux vaut être prudent et bien assuré
  • Trousse de secours
  • Nécessaire de toilette dont un savon biodégradable
  • Protection contre le soleil : chapeau, crème solaire
  • Cordelette : multi-usages, elle peut remplacer un lacet, vous permettre d’étendre votre linge…

Comment trouver le coin idéal & installer son campement ?

Le bivouac, c’est avant tout savoir trouver le coin idéal, qui allie sécurité, confort et cohabitation avec les autres.

Bivouac à Emparis - photo Carlos Ayesta - Parc national des Ecrins

Pour commencer, on évite de planter sa tente en bas d’une falaise en cas d’éboulement. En cas d’orage, mieux vaut s’installer sur les petites hauteurs et éviter les cuvettes, ce qui, par la même occasion, réduira les risques de vous retrouver avec de la condensation - liée à l’humidité et à la fraîcheur - à l’intérieur de la tente. C’est également dans ces cuvettes qu’on trouve des tourbières ou anciennes zones humides dont la flore est fragile et protégée.

Bivouac à Emparis - photo Carlos Ayesta - Parc national des Ecrins On s’éloigne également des bords de rivières dont le débit d’eau peut vite augmenter et atteindre le campement. En cas de vent, on privilégie une orientation de la tente dos à celui-ci pour que l’abside vous serve d’abri, sans oublier de bien tendre la toile. On évite les crêtes et les cols,où le vent est plus fort, pour trouver si possible un rempart naturel (haie, rocher, mur). En forêt, il faut rester prudent, car si elle peut protéger efficacement à la fois du vent et de l’humidité, les arbres peuvent aussi attirer la foudre. Enfin, on garde ses distances avec la cabane de berger si elle est occupée.

Même en pleine nature, il n’est pas impossible d’allier le confort à un campement sommaire ! Se créer un nid douillet pour une nuit fait également partie des spécialités de tout bon bivouaqueur.
On commence par repérer sur la carte les lieux qui semblent être de petits coins de paradis, souvent en hauteur pour avoir un panorama dégagé et contempler le paysage. Il peut également être intéressant de consulter les expériences des randonneurs, partagées sur leurs blogs après qu’ils aient emprunté ce même itinéraire.

Une fois sur place, on pense à l’exposition de sa tente pour avoir un bon ensoleillement : le soleil du soir pour faire sécher ses affaires, ou bien le soleil du matin pour faire disparaître au maximum l’humidité sur sa tente. Bien entendu, un combo des deux est l’idéal.

Étape suivante : trouver l’emplacement le plus plat possible. Sinon, se placer la tête en bas et les jambes en haut favorise la circulation sanguine. Il est aussi possible de caler des vêtements sous son matelas pour ne pas rouler dans sa tente.
On privilégie les sols moelleux mais secs, avec une surface légèrement bombée pour que l’eau s’écoule ailleurs que sous la tente en cas de pluie.
Sur les sentiers les plus empruntés, on devine parfois d’anciens emplacements de bivouac : ils peuvent faciliter votre décision.

Bivouac à la tête de la Maye - Oisans - photo D.Fiat - Parc national des Ecrins On évite également l’installation trop près d’un point d’eau, le but étant d’échapper au froid, à l’humidité, aux moustiques et aux bruits qui dérangent le sommeil, comme par exemple celui d’une cascade.
Cependant, rien de tel qu’un spot non loin d’une source : réel atout pour remplir sa gourde, faire à manger, la vaisselle, rincer ses vêtements…

Monter la tente avant la tombée de la nuit et y installer directement le matelas puis le duvet vous débarrassera pour ensuite profiter d’une pause bien méritée. Et pour terminer, si votre tente possède une abside, y disposer votre sac et vos chaussures les épargnera de l’humidité.

Monter la tente - photo Thibaut Blais - Parc national des Ecrins

Même s’il est difficile de réunir toutes ces conditions, prenez le temps de trouver un compromis en privilégiant le confort plutôt que la vue.
Explorez les environs pour un spot digne de la journée d’effort que vous venez de passer. Le but est avant tout de repartir en forme pour crapahuter le lendemain !

Respect & cohabitation

Bivouac à Vallompierre - Valgaudemar - photo Thibaut Blais - Parc national des Ecrins La cohabitation est le maître mot des usagers de la montagne. Vous croiserez sûrement des bergers, des gardes et d’autres randonneurs sur votre chemin.
Évitez de vous installer à proximité des troupeaux, des cabanes de berger et proscrire absolument les prairies encore non fauchées pour respecter l’agriculture de montagne.
Chacun son espace : la montagne est largement assez grande pour cela !

Quelle cohabitation avec les refuges ?

Pour connaître les conditions d’installation près d’un refuge, renseignez-vous auprès du gardien par téléphone avant de partir.
Quand vous êtes sur place, n’hésitez pas à aller à sa rencontre pour définir le lieu le plus adapté pour installer votre tente. Par ailleurs, dans certains cas, il est possible de profiter de certaines commodités du refuge (eau potable, WC…) avec l’accord du gardien.

S’installer à proximité du refuge peut s’avérer stratégique,car il constitue un élément sécuritaire et rassurant indéniable.
Dans tous les cas, il convient de s’adapter aux us et coutumes sur place, en bonne entente avec le gardien et sa clientèle.

Les hommes, mais aussi les animaux, ont leur espace et leurs habitudes. Un conseil : campez à bonne distance des lacs, rivières et abreuvoirs pour ne pas déranger la faune qui se rend à ces points d’eau.
La discrétion fonctionne aussi avec les animaux : moins vous les dérangerez, plus vous aurez la chance de les observer !

L'eau, c'est essentiel

L’eau est un élément essentiel de votre randonnée. On en consomme en moyenne 3L/personne en une journée de randonnée itinérante pour boire, se laver, cuisiner... Il faut donc prévoir des ravitaillements à certains points. Il est très fortement recommandé de purifier l’eau grâce à des pastilles purificatrices ou de la filtrer.
La faire bouillir est une sécurité supplémentaire. En effet, même en montagne, les eaux potables sont rares car les animaux peuvent y amener des bactéries (déjections des troupeaux, cadavres d'animaux...)

Attention, les refuges n’ont pas toujours de points d’eau accessibles au public non consommateur.

Pas de feu, préférez le réchaud

Une envie de faire du feu ? Retenez-vous !

Bien que vous souhaitiez faire griller vos chamalows, éclairer votre campement ou juste vous réchauffer, faire un feu est très souvent réglementé.
Dans certains espaces protégés comme les cœurs de parcs nationaux ou les réserves naturelles, il est interdit d’en allumer. D’une manière générale, nous préconisons de ne pas faire de feu, d’autant plus que des arrêtés préfectoraux sont régulièrement pris au printemps et en été pour les interdire.

Retrouvez toutes ces infos sur les sites des préfectures :
http://www.isere.gouv.fr/
http://www.hautes-alpes.gouv.fr/

Bivouac - avant le départ - photo Thibaut Blais - Parc national des Ecrins Cependant - et votre estomac sera d’autant plus rassuré - vous pouvez utiliser un réchaud portatif pour cuisiner, à condition qu’il soit allumé à plus de 200 mètres des bois, forêts, plantations et reboisements et que cela ne soit pas limité par un arrêté préfectoral.

On redescend (tous) ses déchets

Pensez à la nature et aux prochains randonneurs qui, comme vous, apprécierons un paysage sans déchets !
Si on les a amenés, on peut aussi les rapporter et les jeter une fois chez soi. L’important est de ne laisser aucune trace de son passage, que ce soit au lieu du bivouac ou tout au long de sa randonnée.
Pour cela, pensez à organiser votre campement et à ranger petit à petit pour n’avoir accès qu’au nécessaire. Ainsi, vous réduirez le temps passé à chercher ce que vous avez laissé traîner dans l’herbe.

Question WC, le rose des fleurs vaut bien mieux que celui du papier toilettes, vous ne trouvez pas ?
Ramener son papier toilette dans un petit sac dédié est un geste réalisable par tous pour préserver la nature et la laisser intacte. Et surtout, en zone naturelle protégée, on ne le brûle pas et on ne l'enterre pas non plus.

Vous voilà parés pour des expériences qui vous rempliront de souvenirs, entre installations de tente sur des spots rêvés, nuits au chaud entourés des bruits de la nature et concoctions de petits plats devant des paysages à couper le souffle.

Bonne randonnée et bon bivouac !

Bivouac sous les étoiles - photo Mireille Coulon - Parc national des Ecrins