Le blanchon sort de l'ombre

-A A +A
Grâce à la génétique, les sept années de suivi réalisées sur les hauteurs de Réotier apportent de nombreuses informations sur le lièvre variable, en lien avec d'autres études qui s'amplifient dans les Alpes sur cette espèce emblématique.

Lièvre variable - photo Bernard Pons - Parc national des Ecrins Déjà 7 années de suivi de la population de lièvres variables de Réotier dans le sud du massif des Ecrins.

La méthode mise au point au Parc national, sur la base de l’analyse génétique des crottes et de l’utilisation de logiciels de capture-marquage-recapture a fait ses preuves, et des émules, en Savoie, en Isère, dans la Drôme. Mais Mikéou sur la commune de Réotier reste le site historique sur lequel on a aujourd’hui le plus de résultats.

"Cette population a un effectif relativement stable, ce qui peut paraître surprenant pour une espèce à faible durée de vie qui se reproduit à plusieurs reprises chaque année" commente Michel Bouche, technicien patrimoine du Parc national qui orchestre ce suivi. "La mortalité et l'émigration s’équilibrent avec l’arrivée de jeunes individus issus de la reproduction ou de la dispersion: ainsi les densités oscillent entre 1 et 2.3 animaux pour 100 hectares depuis 2013."

Une population stable peu sujette à l'hybridation

Autre sujet d'étonnement pour le spécialiste de l'espèce, les lièvres variables peuvent atteindre 6 ans, alors que l’espérance de vie ne dépasse pas 2 ans et que la population se renouvelle par moitié tous les ans. Par ailleurs, dans cette population, le rapport entre mâles et femelles est équilibré, gage d’une bonne reproduction et de stabilité.

Rassurant, l’hybridation avec le lièvre d’Europe que l’on redoutait reste anecdotique sur ce site : pas de risque donc pour l’espèce, tant que la neige reste bien présente et que les densités de lièvre variable restent supérieures à celles de son cousin en altitude.

recolte crotte lièvre variable - photo C.Coursier - Parc national des Ecrins
La récolte des crottes de lièvre en hiver. Après extraction et amplification de l'ADN, assignation d'espèce et d'individus, les logiciels de Capture-Marquage-Recapture sont utilisés pour obtenir des effectifs et des densités de lièvre variable sur plusieurs sites d'étude.

A Mikéou, l’espace moyen utilisé en hiver par un lièvre est d’environ une centaine d’hectares, avec une amplitude de 2 kilomètres sur 5 à 600 m de dénivelée. Il partage cet espace avec d’autres individus. Le même espace est utilisé en hiver, année après année par le même lièvre.

L’intérêt pour cette espèce ne cesse d’augmenter depuis que les progrès de la génétique ont permis d’assurer le suivi de ses populations : ainsi dans les Ecrins le nombre de sites devrait augmenter à la faveur d’un nouveau programme européen.

Les études s'amplifient

Dans le Mercantour, l’étude de la niche écologique à grande échelle devrait permettre une meilleure compréhension de la répartition du lièvre variable, de la cohabitation avec le lièvre d’Europe et des différences de densité que nous constatons aujourd’hui.

En Savoie, les suivis démographiques se poursuivent par sondage sur de multiples sites. Les chercheurs suisses s’intéressent à nos données pour les confronter aux leurs et faire progresser la connaissance sur une espèce emblématique des Alpes longtemps restée dans l’ombre.

Densités de lièvres variables estimés à partir d’un échantillonnage génétique non invasif sur la commune de Réotier, entre 2013 et 2019 :

[SECRETS DE NATURE] : les 4 saisons du lièvre variable

Réalisation / images : Frank Neveu - Vision primordiale - http://visionprimordiale.com/ Production Parc national des Écrins

Lire aussi :

Lièvre variable : de l'Embrunais à l'arc alpin - 2017
Lièvre variable : la génétique au service des gestionnaires - novembre 2016
Un documentaire dans l'intimité du blanchon - janvier 2017