Le climat se réchauffe, les Alpes verdissent

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Les hautes montagnes des Écrins sont aujourd’hui davantage recouvertes de végétation qu’elles ne l’étaient il y a trente ans. C'est le résultat d'une étude menée dans le cadre d'une thèse au Laboratoire d’Ecologie Alpine, en partenariat avec le Parc national des Écrins. Contrairement à une idée répandue, les plantes de haute altitude sont parmi les grandes bénéficiaires du réchauffement climatique observé ces dernières décennies.

Moraine glacier du Casset - © B.Nicollet - Parc national des Écrins On connaissait déjà le verdissement de la zone arctique mais c’est la première fois qu’une étude détaillée indique qu’un phénomène semblable est à l’œuvre dans les Alpes françaises.

"Les collaborations que nous menons depuis de nombreuses années avec le laboratoire d'écologie alpine (LECA) au sein de la zone atelier Alpes nous permettent de co-construire de nombreux programmes de recherche" souligne Richard Bonet, responsable du service scientifique du Parc national des Ecrins. "Cette recherche s'appuie en partie sur les nombreuses données acquises par le Parc national".

En altitude, le développement des végétaux est limité par la courte saison de végétation due à un enneigement prolongé et par les faibles températures estivales.

La recolonisation de la végétation en altitude

"Depuis le milieu des années 80, la durée de l’enneigement dans les Alpes françaises s’est significativement réduite et les températures estivales ont augmenté. Les scientifiques ont donc cherché à voir si ce changement climatique s’était traduit par une réponse de la végétation de montagne au cours des trente dernières années. Ils ont également voulu comprendre quels étaient les types de végétation qui répondaient le plus à ces évolutions du climat" explique Philippe Choler, coordonnateur de ce travail, avec Wilfried Thuiller, dans le cadre de la thèse de Brad Carlson.

"Ainsi, cBenoite rampante, glacier des Rouies - © C.Dentant - Parc national des Écrinse travail dont vous trouvez l'article scientifique  ICI dans sa version scientifique et en anglais est un parfait exemple de la collaboration entre les équipes du LECA et du Parc national pour mettre en commun leurs compétences et leurs données afin de mieux comprendre les phénomènes de recolonisation de la végétation en altitude" ajoute Richard Bonet.

Pour cela, il a été mobilisé des données satellitaires de haut niveau et des données issues des programmes sur les milieux du Parc national comme DELPHINE, SOPHIE ou les lignes de lecture de la végétation, autant de programmes conduits par les agents du Parc national.

Philippe Choler, du Laboratoire d’Ecologie Alpine - LECA (CNRS / Université Grenoble Alpes) a réalisé un résumé abordable pour le plus grand nombre, et en français, de ce travail  dont vous retrouvez l'essentiel ici.

"Toutes les images d’archives des satellites Landsat disponibles pour la période 1984-2015 ont été analysées.  La connaissance fine de la distribution de la végétation (forêts, landes, alpages, habitats peu ou pas végétalisés) ainsi que celle de l’utilisation des terres (notamment les pratiques pastorales) ont constitué un atout majeur pour l’interprétation des résultats.

Entre 1984 et 2015, les deux-tiers de la surface du parc national montrent une tendance significative au verdissement alors que moins de 5 % des surfaces montrent une tendance inverse. Un résultat marquant est que cette tendance est particulièrement nette à l’étage nival, c’est-à-dire dans la tranche d’altitude située entre la limite supérieure des alpages et la limite inférieure des neiges permanentes. Il s’agit d’une zone faiblement végétalisée, dominée par des éboulis, des vires rocheuses, des cordons morainiques, etc. L’analyse complémentaire de photographies aériennes et des échanges avec les agents du Parc national confirment que la colonisation végétale de ces zones au cours des trois dernières décennies est très nette.

Moraine glacier Noir - © T.Maillet - Parc national des Écrins Les chercheurs observent que, contrairement à une idée répandue, les plantes de haute altitude sont parmi les grandes bénéficiaires du réchauffement climatique observé ces dernières décennies. Avec la diminution de la durée d’enneigement et le réchauffement estival, une fraction importante de l’étage nival se transforme en habitat favorable pour ces plantes. Les auteurs de l’étude montrent également que, sauf cas isolés, les modes d’utilisation de l’espace pastoral n’ont aucune incidence notable sur les évolutions observées.

Des études similaires sont en cours sur d’autres massifs des Alpes françaises, au premier rang desquels le massif du Mont Blanc et ce, afin de mieux saisir les liens entre climat régional, utilisation des terres et dynamique de végétation.

En parallèle, des observations au sol plus approfondies sont conduites pour parfaire la connaissance des mécanismes en jeu dans les secteurs montrant de fortes réponses. Tous ces enjeux de connaissance sont au cœur du programme Sentinelles des Alpes soutenu par l’Agence Française pour la Biodiversité, et qui se déploie aujourd’hui à l’échelle des Alpes françaises en rassemblant des partenaires académiques, des gestionnaires d’espaces protégés et des utilisateurs de la montagne."

"Observed long-term greening of alpine vegetation – a case study in the French Alps", Carlson B.Z., Corona M.C., Dentant C., Bonet R., Thuiller, W., Choler P, Environmental Research Letters, 2017. 

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