Un grand monsieur de la verticale s'en est allé

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Jean-Michel Cambon est mort accidentellement en équipant une nouvelle voie d'escalade. Ouvreur actif dans les Écrins depuis plus de quarante ans, il laisse en héritage des centaines d'itinéraires à parcourir.

  Jean-Michel Cambon, en 2019 dans les Ecrins - photo Benjamin Ribeyre Jean-Michel Cambon aura marqué l'histoire de l'alpinisme dans les Écrins. Son corps a été retrouvé par les CRS de haute montagne dans la soirée du jeudi 12 mars, au pied d'une voie qu'il ouvrait dans les gorges du Drac, sur la commune de Ponsonnas.

Il était un ouvreur boulimique, impossible à confiner (!), amoureux éperdu du massif des Écrins et contradicteur inoxydable de son Parc national.

C'est peu dire que la relation de Jean-Michel Cambon avec le Parc a été mouvementée. A l'instar de celle d'amants passionnés, elle a été faite de colère, de dédain, de critique, mais aussi de réconciliation, d'écoute, de désir commun.

Il savait trouver les lignes de faiblesse dans les pics comme dans les textes de la Convention alpinisme.

Cette instance, créée en 1992 par le Parc national, a permis l'instauration d'un dialogue continu entre acteurs de l'alpinisme quant à l'entretien des voies existantes et l'équipement des nouvelles en zone cœur du Parc.
Les débats y sont nourris d'un subtil équilibre entre histoire, sécurité, matériels nouveaux et évolutions des pratiques, avec toujours la recherche d'un consensus.

 Jean-Michel Cambon, en 2019 dans les Ecrins - photo Benjamin Ribeyre Des centaines de mètres verticaux de grand bonheur

En ces jours de deuil, nous voulons souligner à quel point ce grand monsieur de la montagne a contribué à faire magnifiquement connaître le massif des Écrins et à le faire aimer. En le sortant d'une sempiternelle comparaison avec le massif du Mont-Blanc, il a montré que les sommets et parois de cet Oisans sauvage pouvaient encore être réinventés.

Il a offert à des générations d'alpinistes et de grimpeurs des centaines de mètres verticaux de grand bonheur.

Jean-Michel Cambon, en 2019 dans les Ecrins - photo Benjamin RibeyreAinsi, à chacun son podium, sa liste de voies "Cambon" : la très dalleuse "Voie des Maîtres" à Ailefroide et la belle douleur aux orteils ressentie à sa sortie ; la lumineuse "Isabelle aux Bans" sur la montagne éponyme ; l'incroyable voyage du "Pilier des Séracs" dans la face nord d'Ailefroide ou encore l'ingénieuse "Voie de l’Étoile" à l'Aiguillette du Lauzet....

Plus récemment, Jean-Michel Cambon renouvelait l'équipement de ses voies plus anciennes, gardant immanquablement l'œil ouvert sur celles à ouvrir ! Ainsi l'an dernier, dans les contreforts de la Grande Sagne, il installait 13 nouvelles longueurs en 5b, sur 500 mètres de paroi au-dessus du glacier Noir (*)

Son humour, sa fougue et même sa mauvaise foi (!) vont nous manquer.

Son œuvre est depuis longtemps devenue patrimoine, du bout des chaussons à l'arqué des doigts. Et plus encore : dans l'âme des conquérants de l'inutile.

Ciao l'artiste !

Le Parc national des Ecrins adresse ses condoléances à la famille de Jean-Michel Cambon et à ses proches.

Depuis "Les 60 escalades les moins pires de l'Oisans" jusqu'aux prolifiques "Oisans nouveau, Oisans sauvage" des années 2000, ses célèbres topos sur le massif font aussi la part belle aux personnalités des vallées du massif et à ses compagnons de cordée.

Un leg impressionnant pour les grimpeurs et alpinistes avec de nombreux itinéraires à répéter tout autant qu'à entretenir.

(*) Benjamin Ribeyre, guide du massif et président de la compagnie des guides Oisans-Ecrins, avait accompagné Jean-Michel Cambon l'an dernier en repérage pour l'équipement de cette nouvelle voie. Il a enregistré le "chant du piton" de Cambon, que vous pouvez retrouver sur son compte instagram

Lire aussi : Alpinisme et escalade : la convention est signée - juillet 2012 - renouvellementde la convention, dans l'esprit du partenariat engagé depuis plus de vingt ans auparvant dans les Écrins sur ce sujet.
Une éthique de l'alpinisme dans le Parc national - juillet 2012