Les chauves-souris, faites-en vos amies !

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Mal connus et souvent mal aimés, ces petits mammifères volants et inoffensifs méritent toutes les attentions : 26 espèces sont recensées dans les Écrins. Zoom sur quelques-unes d'entre elles, reconnues d'intérêt communautaire ou particulièrement liées aux zones de montagne.

 

Si elle n'est pas particulièrement emblématique, la chauve-souris reste un indicateur important d'un milieu naturel encore préservé.

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Actuellement, toutes les espèces de chauves-souris présentes en France sont protégées... car menacées. Les causes de leur raréfaction sont nombreuses : l'évolution des pratiques agricoles et la fermeture des milieux, l'usage des pesticides, la disparition des arbres creux, le dérangement, des accès aux gîtes moins nombreux (réfections des toitures, joints...), l'utilisation de produits toxiques pour le traitement des charpentes...

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Sur les 34 espèces de chauves-souris françaises, le parc national des Écrins abrite actuellement 26 espèces dont 8 relèvent de la directive européenne dite  "Habitats".

Pour ces espèces, les États ont pris l'engagement de mettre en place des mesures actives de protection des populations. Une obligation donc, qui s'impose à tous et un défi auquel le parc national apporte sa contribution.

Des prospections sont réalisées dans les Écrins depuis une dizaine d'années, dans des bâtiments ou dans la nature, parfois avec la pose de nichoirs qui facilite les inventaires et le repérage des colonies de reproduction.

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Un groupe thématique coordonne ce suivi avec des agents formés pour ce type d'inventaire, en lien avec les associations naturalistes des deux régions : les groupes chiroptères de Provence et de Rhône-Alpes rassemblent des spécialistes de ce petit mammifère volant.

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La protection des chauves-souris passe principalement par la conservation des habitats indispensables à leur survie : les sites de reproduction, ceux d'hibernation et leurs terrains de chasse.

Pour cela, la sensibilisation des collectivités et des particuliers à la protection des chiroptères est déterminante.

DES ESPÈCES D'INTÉRÊT COMMUNAUTAIRE

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La Barbastelle

Si elle affectionne les arbres creux, cette petite chauve-souris forestière est également un hôte régulier des habitations dont elle apprécie particulièrement les bardages et les volets des façades bien exposées. Bien présente en Vallouise et dans le Guillestrois, elle est connue pour être assez sensible au dérangement et n'hésite pas à changer très souvent de gîte en période de reproduction.

En 2011, un suivi télémétrique de cette espèce, coordonné par l'ONF et le groupe chiroptère de Provence, sur le site N2000 du steppique durancien a confirmé ce caractère. Il a également mis en évidence que la barbastelle était bien moins casanière qu'on ne l'imaginait. Ainsi certains individus, gîtés en journée dans des bâtiments de la station de Puy Saint-Vincent, n'hésitent pas à descendre chaque soir chasser à 8 km dans la ripisylve de la Durance.

barbastelle-dessin-jcSurenchère technologique : Certains papillons de nuit sont dotés de tympans qui leur permettent d'échapper à la prédation par les chauves-souris en détectant à temps le sonar de ces mammifères volants.

Dans la course à l'armement qu'ont développé proies et prédateurs dans la nature, la barbastelle a trouvé une riposte à cette parade grâce à un sonar spécial capable de feinter les papillons tympannés qu'elle consomme abondamment.

 

 

Le Murin de Bechstein et le Murin à oreilles échancrées

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Jusqu'à ce jour, ces deux espèces n'ont jamais été contactées de visu sur le territoire du parc national. Les seules mentions réalisées relèvent de prospections acoustiques. Si les sonars des chauves-souris sont pour l'essentiel inaccessibles à l'oreille humaine, il est toutefois possible de révéler leur présence à l'aide de détecteurs ultra-sonores. Cette méthode d'inventaire « non invasive » offre l'avantage de ne pas déranger les animaux.

Elle présente toutefois l'inconvénient d'être assez complexe et de rester pour l'essentiel une affaire de spécialistes. Le murin à oreilles échancrées est signalé dans le Champsaur et le Valgaudemar. Le murin de Bechstein n'a pour le moment été contacté qu'une seule fois à Saint-Michel-de-Chaillol lors d'inventaires acoustiques conjoints avec le groupe chiroptères de Provence, sur un site de développement photovoltaïque. Il s'agit même, à ce jour, de la seule mention de cette espèce dans les Hautes-Alpes.

murin-bechstein-deqLe plus forestier des chiroptères européens : Le murin de Bechstein affectionne d'ordinaire les vieilles forêts de feuillus présentant un sous-bois bien diversifié.
Pour sa reproduction, il dépend aussi d'un réseau important de cavités arboricoles telles que trous de pics épeiches, fissures et écorces décollées. En chasse, il recherche des proies très variées, du sol jusqu'au feuillage de la canopée.

minioptere-m-coLe Minioptère de Schreibers

Cette chauve-souris ne fréquente les Écrins que de manière assez marginale. Elle est présente essentiellement dans certaines mines du Valbonnais. Elle est connue pour sa capacité à effectuer l'essentiel de son cycle de vie dans des cavités souterraines (reproduction, essaimage, hibernation) et pour son grégarisme qui la conduit, au plus fort de l'hiver, à se rassembler en colonies dépassant parfois plusieurs milliers d'individus.

Pour vivre au chaud, vivons nombreux : Bien que la température ambiante des grottes soit fraîche, elle peut atteindre 30°C au sein des colonies de reproduction de minioptères

Le Petit et le Grand Murin

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D'aspect très voisin, ces deux espèces comptent parmi les plus grandes chauves-souris du parc national. Elles peuvent utiliser des gîtes communs et il semble même y avoir un certain taux d'hybridation entre ces deux « cousines ». Le parc national abrite deux grosses colonies de reproduction dans l'église de Chateauroux et l'ancienne école de Bourg d'Oisans, comptant plusieurs centaines d'individus. Sur ce dernier site, un suivi important est mené depuis 2009 en collaboration avec les groupes chiroptères Rhône-Alpes et PACA, associant surveillance vidéo, suivi télémétrique et analyse des régimes alimentaires afin de mieux appréhender les territoires de chasse et également de rechercher des gîtes secondaires. La télémétrie a permis de mettre en évidence, pour cette population, des territoires de chasse considérables s'étendant de la réserve intégrale du Lauvitel au plateau Matheysin.

Un mode de chasse original : À la nuit noire, laissant les petits en « nurserie » au gîte, les mères partent en chasse. Ces spécialistes du vol en rase-motte, sur sol dégagé ou prairie fraîchement fauchée, peuvent aussi ramper à terre à la recherche de carabes, criquets, araignées et autres petites bêtes.

gd-rhino022207Le Grand Rhinolophe

Dans les Écrins, cette chauve-souris de grosse taille est présente essentiellement en Vallouise notamment en hibernation dans les mines du Fournel et dans quelques cavités artificielles ou naturelles du secteur. Récemment, des travaux inadéquats ont failli compromettre le maintien d'une petite colonie dans un bâtiment public de la commune de Champcella. Cet exemple montre toute la complexité de la conservation des chauves-souris qui vivent souvent en proximité immédiate des hommes. D'importantes colonies de reproduction sont également connues en limite du parc national sur les communes de Chorges et de Montdauphin. Les Hautes-Alpes constituent l'un des principaux bastions de l'espèce en région PACA.

Le clin d'œil de Cyrano : Alors que la plupart des chiroptères émettent les ultrasons par la bouche, les rhinolophes le font par le nez. Aussi peuvent-ils continuer à se localiser en vol, tout en dévorant leurs proies.

petit-rhino-022280Le Petit Rhinolophe

Avec son aspect de petit parapluie lorsqu'il est suspendu et son museau caractéristique en forme de fer à cheval, le petit rhinolophe est l'archétype de la chauve-souris dans l'imagerie populaire. C'est une espèce peu montagnarde qui ne gagne nos vallées qu'à la faveur des meilleures expositions, un peu comme le vignoble.

Présent essentiellement dans l'Embrunais et en Vallouise, il se reproduit régulièrement dans quelques granges voutées, cabanons ou églises comme à Vallouise où, dernièrement, la commune a dû faire des gros investissements pour protéger conjointement ces deux patrimoines : son église classée et une colonie de petits rhinolophes.

De l'intérêt du bocage : Un beau paysage fait d'une mosaïque de bois, parcelles, haies, chemins, murs, cours d'eau, est le paradis du petit rhinolophe. Il déteste les grands espaces nus. Pour se guider dans ses déplacements et chasser, il lui faut des corridors boisés en continuité.

DES "MONTAGNARDES"

oreillard-alpes-dessL'oreillard montagnard

Reconnaissables d'emblée à leurs grandes oreilles, les trois oreillards français sont tous présents dans les Écrins. Signalé en France pour la première fois en 2000 dans le Queyras, l'oreillard montagnard était jusqu'à récemment confondu avec ses cousins oreillards gris et roux.

Il est bien présent sur le pourtour du massif avec plusieurs colonies relevées dans le Champsaur, le Briançonnais ainsi que dans le Valbonnais où il gîte parfois avec l'oreillard roux.

oreillard-photo-mcEn chasse, on peut le rencontrer jusqu'à 2500 m d'altitude et il semble bien apprécier le mélézin.

Clérical le montagnard ? Dans les Écrins, gîtant essentiellement dans les bâtiments, l'oreillard alpin semble plus clérical que républicain, préférant chapelles et églises aux écoles et édifices publics..

murin-moust-dessLe Murin à moustaches

Les gîtes d'été de cette espèce forestière se trouvent dans les arbres à cavités mais aussi dans les bâtiments, derrière les volets, les bardages, entre les linteaux de portes ou de fenêtres. Absent des départements côtiers, le murin à moustaches affectionne les zones de montagne.

En chasse, il utilise les allées boisées et les forêts ouvertes jusqu'à 2000 m d'altitude.

murin-moust-photoDans les Ecrins, c'est une des espèces les plus communes après les pipistrelles et les oreillards.

Environ 20 gîtes ont été recensés, essentiellement dans le bâti. Les effectifs varient de quelques individus à plus de 200 femelles, comme à Ancelle en 2009.

 

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Prospections à Freissinières

page-echo200L'essentiel des informations publiées dans ce dossier sont extraites d'un article publié dans le journal du Parc, l'Echo des Écrins n°36, rédigé par Marc Corail, garde-moniteur du Parc national des Écrins.

Télécharger le journal du Parc national des Écrins

icon L'écho des Écrins n°36 (4.43 MB)

CHASSER LES MYTHES...

Les chauves-souris (ou chiroptères) ont encore du mal à se débarrasser des légendes et des superstitions dont elles ont fait l'objet. Non ! Elles ne s'accrochent pas dans les cheveux (elles ne sont pas aveugles...), elles ne portent pas malheur et ne vous mordront pas au cou tel un vampire auquel elles ont longtemps été associées ! Elles volent, certes, mais n'ont rien d'un oiseau : les chiroptères sont des mammifères... volants.

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N'allez pas croire non plus qu'il s'agit d'animaux prolifiques. Mis à part leur nom, leur taille et certains de leurs habitats, elles n'ont rien à voir avec les souris. Elles ne mettent généralement au monde qu'un seul petit par an. Leur nourriture n'est pas celle d'un rongeur : elles sont insectivores. Un Grand Murin en consomme près d'un kilogramme par an. Voilà un excellent insecticide naturel...

Et leurs crottes que l'on trouve dans les greniers (le "guano") sont un très bon engrais pour le jardin. Ce guano peut être récupéré facilement grâce à des bâches en plastique. Ce qui limite du même coup les éventuelles nuisances liées à la présence d'une colonie de chauves-souris dans le grenier.

... ET AGIR POUR LES CHAUVES-SOURIS

Pour participer à la protection des chauves-souris, ne leur interdisez pas l'accès de vos combles ou de votre cave (une fissure de 5 cm est suffisante), renseignez-vous sur les produits non toxiques pour le traitement de vos charpentes et jardins et conservez les arbres creux.

Dans chaque secteur du Parc national des Écrins, un agent peut vous apporter des conseils et vous accompagner en cas de difficultés de cohabitation.

Des refuges pour les chauves-souris

refuge-chauve-sourisParticuliers et collectivités peuvent s'engager à travers une convention dans cette opération nationale coordonnées par la SEFPM, Société française d'étude et de protection des mammifères.

- Un guide technique "Accueillir les chauves-souris dans les bâtiments et les jardins" est disponible en téléchargement sur www.sfepm.org

- SOS chauves-souris : si vous trouvez un animal blessé ou si vous avez des problèmes de cohabitation avec les chauves-souris, contactez les différents secteurs du Parc national ou bien les groupes chiroptères régionaux - www.gcprovence.org

POUR EN SAVOIR PLUS

fiche-chauve-sourisUne fiche thématique sur les chauves-souris peut être téléchargée sur le site internet du Parc national des Écrins :
icon Les chauves-souris (621.33 KB)

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Voir aussi le livre "A la découverte des animaux de montagne" réalisé par le Parc national des Écrins (Editions Glénat)

C'est le quatrième titre de la collection des guides de terrain des Parcs nationaux de France, conçu par l'équipe du Parc national des Écrins. Un travail collectif de partage en faveur d'une rencontre passionnée avec le monde animal de la montagne.

Commande possible sur la boutique du site internet

A noter : La 17ème Nuit internationale de la Chauve-souris 2013 aura lieu le week-end du 24 et 25 août !

 

Lire aussi : Chauves-souris : souriez, vous êtes filmées - octobre 2010
A Bourg d'Oisans, une colonie de murins de grande taille séjourne dans le grenier d'un bâtiment communal où elle se reproduit. Grâce à un contrat Natura 2000, un système de vidéo surveillance a été installé dans les combles, piloté à distance via une interface web.