Un documentaire dans l'intimité du blanchon

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Lièvre variable © Frank Neveu
Au plus près du quotidien de cette espèce particulièrement discrète, avec des images rares, un documentaire sur le lièvre variable et un court métrage sur les suivis réalisés dans le parc national des Écrins sont signés de Frank Neveu. Soirée spéciale, samedi 11 février, de 17 h à 21 h à la Maison du parc de Châteauroux-les-Alpes.

Lièvre variable © Frank Neveu - réalisateur
"A 2 400 m, ce matin au coeur du massif des Ecrins dans les Hautes-Alpes, un lièvre variable en pelage hivernal blanc, s’étire et baille au soleil. Cette relicte glacière passera toute la journée gitée ici à faire la sieste, manger ses crottes, se toiletter, s’étirer, attendant patiemment la nuit, se faisant discret pour échapper au regard de l’aigle royal, confiant en son mimétisme." Frank Neveu

Timide, discret, quasi-invisible, le blanchon laisse des traces. A foison. Tant et tant qu'il est bien difficile de suivre sa piste... C'est pourtant ce qu'a fait Frank Neveu pour réaliser un documentaire intitulé "Une vie de lièvre variable" avec des images inédites de cette espèce.

Une soirée à la Maison du parc de l'Embrunais, samedi 11 février, à Châteauroux-les-Alpes, pour découvrir cet animal secret, discret, qui sait si bien se rendre mimétique.

  • 17 h - 18 h : rencontre et échanges autour du documentaire "Une vie de lièvre variable" (16 ') et du court métrage (10' sur l'étude réalisée par le Parc national des Ecrins) de Franck Neveu, réalisés en 2015 et 2016 pour le Parc national des Ecrins, en présence du réalisateur.
  • 18 h 30 - 19 h 30 : vernissage de l'exposition photographique sur le lièvre variable (photographies de Bernard Pons, Jean Guillet, Robert Chevalier).
  • 19 h 30 - 20 h : auberge espagnole à la Maison du parc: une soupe est offerte et chacun amène un plat à partager.
  • 20 h - 21 h : projection-causerie autour du programme scientifique sur le lièvre variable, présentation des résultats de 4 ans de suivis par Michel Bouche, technicien" patrimoines" du secteur de l'Embrunais.

Lièvre variable © Frank Neveu - réalisateur Nombreux sont les blanchons qui vous ont observés… l’inverse est rarement vrai.
Le plus souvent, la rencontre est furtive. Faisant confiance à sa tenue de camouflage, il s’enfuit au dernier moment, comme un éclair, boule de poils blancs dans la neige. On le croit loin, et le plus souvent il vous contourne. Suivez ses traces et vous tournerez invariablement… en rond. Le lièvre variable mise tout sur le camouflage… et ça marche ! Brun l’été, blanc l’hiver, il passe pendant les mues à l’automne et au printemps par un patchwork de blanc et de gris-brun. En été, souvent tapi sous une souche ou sous un bloc rocheux, et en l’absence d’empreintes au sol, il devient alors encore plus difficile à repérer.
Le lièvre variable

 "Notre ami le lièvre variable avait quelques jours d'avance sur les premières neiges. Prudent, il est resté gité toute la journée. Les aigles royaux se sont rabattus sur les compagnies de lagopèdes bien moins prudents et tout aussi blancs."  Frank Neveu

 Frank Neveu - réalisateur Frank Neveu, caméraman de la nature

Dans "La vallée des loups", c'est lui qui a réalisé une partie des images naturalistes dites "complémentaires" qui ne sont pas signées de Jean-Michel Bertrand. Et non des moindres : les chevêchettes, les bouquetins en hiver, la chouette de Tengmalm, le tétras lyre, l'aigle royal, les chevreuils... et les gélinottes !

"Ce fut un pur bonheur de parcourir les Alpes pour filmer les paysages, les ambiances et les espèces commandées par Jean-Michel. Une cinquantaines de plans mais pas les loups, ce tour de force là, c'est Jean-Michel qui l’a réussi et ce qu’il a filmé est juste magique !" commente Frank Neveu, trop heureux d'avoir apporté sa pierre à la construction de ce film à la gloire de la nature.

Installé dans les Hautes-Alpes, Frank Neveu a créé sa maison de production audio-visuelle, Vision primordiale, dans la place forte Vauban de Mont-Dauphin. "Nous allions une approche sensible et artistique de l'image à une profonde connaissance des espèces et de leurs milieux naturels, mais notre vision est, avant toute chose, fondamentalement respectueuse de la nature" précise cet écologue, devenu réalisateur et producteur d'images d'une "nature libre, brute et sauvage".

Dans "Le voyage de l'eau", l'un de ses derniers films, la vie de la nature suit le cours de la rivière, du royaume du froid jusqu’à celui de la chaleur littorale, des truites et du cincle montagnard jusqu’aux rolliers, hérons et flamants roses de Méditerranée... en passant par 75 espèces filmées et mises en scène au fil de l'eau ! "L’oiseau-papillon" le premier documentaire de Frank Neveu , était dédié au tichodrome échelette, cet oiseau spectaculaire qui vit à même la roche.

A propos du tournage du film documentaire "Une vie de lièvre variable" 

Quelques moments forts de ce tournage ?

Lorsque vous cherchez un lièvre variable pendant des semaines sans en voir un seul alors que vous scrutez méthodiquement aux jumelles d’immenses éboulis pendant des heures, le moment qui vous marque le plus, c’est lorsque l’animal tant espéré apparait enfin dans les oculaires ! C’est un vrai choc ! Ça m’est arrivé un certain nombre de fois mais cette sensation est toujours restée intacte comme la toute première fois.

Voici un autre moment du tournage qui m’a marqué même s’il était le fruit du hasard. J’étais en affût avec Jean Guillet pour faire des images de parade de tétras lyre. À la pointe du jour, une ombre a traversé la place de chants, mais ce n’était pas un tétras. J’ai mis en route la caméra au capteur hypersensible, j’ai ensuite orienté l'objectif au petit bonheur dans la pénombre et l’image d’un lièvre est apparue à l'écran. J’ai alors filmé mécaniquement ce lièvre au comportement atypique qui tournait autour d'un buisson... sans trop comprendre ce qui se passait.  C’est devenu limpide lorsque la femelle est sortie du buisson devant le premier lièvre, vous imaginez la montée d’adrénaline … Cerise sur le gâteau, ils se sont accouplés là devant la caméra : un rêve de cameraman animalier.

Ces souvenirs-là vous font oublier les moins bons et même les mauvais : les marches interminables, le poids du sac à dos, les passages nocturnes de vires rocheuses vertigineuses et englacées, le sac à dos qui vous a échappé dans un passage difficile et qui s’écrase au pied de la falaise mettant en pièces tout votre matériel vidéo….

Combien de temps, d'heures, de jours… et de nuits... ?

C’est très difficile à dire. Quand vous dépassez les 70 h de tournage par semaine à longueur d’année, vous êtes dans le domaine du passionnel, si bien que vous ne comptez plus. Il fallait se trouver sur le territoire des lièvres avant la première lueur du jour après deux bonnes heures de montée, ce qui faisait une journée de tournage typique de 14 h environ en hiver et plus de 19 h en été.  Sans parler des nuits. Le tournage de ce film s’est étalé sur six années, d'abord au hasard des rencontres avec l’animal lorsque je travaillais sur d’autres projets pour terminer à temps complet la dernière année. Cela doit représenter quelques heures, jours et nuits.

Des découvertes ?

La séquence du film montrant l’accouplement pourrait éventuellement aider les éthologues travaillant sur cette espèce, mais ce n’est pas une grande découverte. J’ai surtout observé des comportements déjà décrits dans la littérature spécialisée, notamment dans la thèse de Michel Bouche dédiée à cette espèce.

Le cumul des heures d’observation ont surtout levé une foule de questions, notamment sur l’occupation individuelle de l’espace au fil des saisons ainsi que la réutilisation des gîtes par les mêmes individus… Des éléments de réponse sont donnés par l’étude menée par le Parc national des Écrins dans le court métrage qui lui est consacrée.

Quelles ont été vos personnes ressources principales ?

Bernard Pons m’a permis de réaliser une bonne partie des images de lièvre du film grâce à sa connaissance de l’espèce et de son territoire. Nous étions aussi très régulièrement sur le terrain avec Jean Guillet qui connait aussi très bien cette espèce. Sans ces deux compères, ce film n’aurait certainement pas vu le jour.

Michel Bouche du Parc national des Écrins est le consultant scientifique du film. Il a dédié sa thèse de fin d’étude au lièvre variable et c’est lui qui a mis en place le protocole de suivi du lièvre sur son territoire pour le Parc national des Écrins. Nous avons travaillé ensemble sur le court métrage et sur la finalisation des textes du documentaire naturaliste.

Pour vous, quelle est la principale qualité nécessaire pour filmer ce type d'espèce ?

La connaissance de l’espèce est la base de notre travail d’auteur et de cameraman animalier. Inutile de partir bille en tête en montagne pour espérer filmer un lièvre variable sans connaître ses habitudes et il faut pouvoir "lire" son territoire pour le chercher au bon endroit, à la bonne heure et à la bonne saison. En sachant que le bon endroit est simplement immense, il faut aussi de bons yeux pour passer des heures et des heures, les yeux rivés aux jumelles à scruter les cailloux, les uns après les autres. Ensuite, il faut de la ténacité, une bonne dose même, car il n'est pas rare de chercher (vraiment chercher pas uniquement se balader) pendant plus d'un mois sans apercevoir un seul lièvre. Quant à la patience, il en faut un peu aussi, mais dans une moindre mesure pour approcher doucement, tout doucement l’animal aperçu de loin sans le faire fuir. Il faut parfois une heure pour y arriver et ensuite bien souvent plusieurs heures pour qu’il se positionne correctement. 

Je tente actuellement de produire un documentaire plus long sur le lièvre variable mais il faut trouver un coproducteur… En attendant, je travaille sur mon prochain film : "Le fantôme des bois" dédié à la gélinotte des bois...

    Les films sur le lièvre variable ont été réalisés dans le cadre du programme Grand tour des Ecrins, au chapitre des outils de promotion et de sensibilisation des publics.
    Le Parc national des Écrins, fortement mobilisé sur ce programme, porte les investissements avec le soutien de partenaires financiers. Ainsi, le programme Grand Tour des Ecrins 2016-2017 est financé avec le concours de l’Union Européenne. L’Europe s’engage sur le Massif Alpin avec le Fonds Européen de Développement Régional. Il bénéficie également du soutien de l’État à travers le Fond National d'Aménagement et de Développement du Territoire (FNADT).