Accompagner la restauration du petit patrimoine bâti

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Photos Parc national des Écrins
C'est une mission du Parc national des Écrins, au plus près des communes et des artisans. Dans le respect des caractéristiques historiques de ces témoins de la vie montagnarde et rurale, les travaux de restauration sont réalisés en lien avec le paysage et avec l'objectif de favoriser la valorisation de patrimoine vernaculaire et non protégé.

Chapelle Buissard - travaux 2014 © F-Sabatier - Parc national des EcrinsLe territoire du Parc national des Écrins regorge de discrets témoins historiques de la vie montagnarde et rurale. Les modes de vie et de circulation ont toutefois considérablement évolués au cours du XXe siècle, impliquant l’abandon progressif de bâtiments fonctionnels ou religieux, tels que les lavoirs, les fontaines, les fours, les oratoires ou les chapelles.

A partir des années 1990, on observe une nouvelle prise de conscience de la valeur patrimoniale de ces bâtiments, et l’on reconnaît la cohésion qu’ils apportent au sein d’un hameau. Élus et habitants se mobilisent afin de sauvegarder leur patrimoine local.

Néanmoins, la tâche des communes reste semée d’embûches techniques et financières, car elles regroupent souvent de nombreux hameaux possédant chacun un four, un lavoir... et une chapelle !

Restauration chapelle Ste Catherine - Châteauroux les Alpes © Parc national des Ecrins Le Parc national des Écrins propose une aide technique aux communes adhérentes pour poser les bases respectueuses du bâti ancien de leur projet de restauration.

Diagnostics structurels, relevés, ou encore préconisation de matériaux traditionnels trop souvent oubliés ; les conseils sont utiles pour réussir une restauration de qualité. Un suivi tout au long du chantier est également assuré afin d'aider les élus et entreprises.

Le Parc est également présent pour compléter d’autres sources de financement, afin de permettre la concrétisation d’études ou de travaux de restauration de ce petit patrimoine non-protégé.

Toit de chaume - Les portes - valgaudemar © Parc national des EcrinsL'un des rôles majeurs du Parc national reste de donner aux élus et entreprises les clefs de compréhension d’un bâtiment ancien, ses qualités et ses fragilités.

"Deux grands axes reviennent notamment pour la  majorité des projets" explique Maxime Pottier, chargé de mission architecture du patrimoine au Parc national des Ecrins. "L’architecture traditionnelle doit pouvoir respirer, c'est un aspect technique très important".

Chapelle de La Saulce - Prapic - restauration © Parc national des Ecrins Par ailleurs, "la qualité d’un bâtiment résulte de sa capacité à utiliser les ressources locales, qui diffèrent d’une vallée à l’autre."

Retrouver les liants anciens et la respiration des murs

La perméabilité à l’eau est la principale caractéristique d’un bâtiment en pierre, il faut donc lui permettre de sortir ! Fours ou chapelles anciens sont construits à l’aide d’un mortier à base de chaux, qui résulte de la cuisson du calcaire. Une belle homogénéité de matériaux qui laisse circuler l’humidité, et lui permet de s’échapper sans souci vers l’extérieur du bâtiment.

Au XXe siècle, un nouveau liant se démocratise largement : le ciment. Il est alors vu comme un produit miracle : solide et étanche, il est appliqué sur tous les types de façades.

S’il est un matériau cohérent dans la construction neuve en parpaings, il reste la cause de tous les maux dans le bâti ancien. Sa rigidité et son étanchéité impliquent bien souvent de fortes infiltrations d’eau à l’intérieur des bâtiments, parfois jusqu’à la charpente ! Les murs se retrouvent gorgés d’eau derrière l’enduit ciment qui résiste, puis se décolle soudain par plaques entières.

"L’enjeu primordial est donc de guider les entreprises vers la redécouverte des qualités majeures des enduits traditionnels et l’abandon complet des liants rigides dans le bâti ancien" résume Maxime Pottier.

Chapelle Gragnolet - 1981 - © Parc national des Ecrins Chapelle Gragnolet après restauration - 2016- © Parc national des Ecrins
La chapelle de Gragnolet (Entraigues - Valbonnais), avant et après sa restauration

Retrouver des matériaux simples et locaux pour ancrer le bâtiment dans son paysage

Les ressources en matériaux diffèrent d'un site à un autre, d'une vallée à une autre. "De la compréhension de ses singularités résulte une restauration de qualité, qui s’intègre efficacement dans le paysage".

Ainsi, la couverture est le plus fidèle témoin de l’adaptation d’un bâtiment à son milieu. Si le bac-acier est aujourd’hui largement préféré par les particuliers pour sa facilité d’entretien, les bâtiments publics patrimoniaux doivent rester les acteurs privilégiés de la conservation des matériaux traditionnels. Le Parc conseille en ce sens les communes porteuses de projets, afin que l’ardoise, le bardeau de mélèze, la tuile écaille, ou même parfois le chaume ne disparaissent pas complètement du paysage.

Diversité des couvertures - © Parc national des Ecrins

Les aspects de finition dans la restauration des enduits anciens sont le fruit d’une réflexion renouvelée lors de chaque chantier.

Dans le passé, la question du grain ou de la couleur d’un enduit ne se posait pas lors de la construction d’un bâtiment, ces notions variaient en fonction du sable puisé dans la rivière la plus proche.

Aujourd’hui, la standardisation des sables et graviers disponibles à l’achat impliquent un certain nombre d’essais à réaliser sur le site avant l’application définitive de l’enduit. Le Parc aide les entreprises dans leur démarche de formulation d’un mortier, les choix des différents sables (gris, ocre, rose) et graviers (concassé, roulé, diamètre des grains), afin de conserver la teinte et l’homogénéité de chaque village.

Diversité des enduits © Parc national des Ecrins

La maçonnerie de pierres sèches est une technique de construction qui illustre parfaitement la simplicité d’un matériau. Basée sur l’assemblage de pierres sans l’ajout d’aucun liant, elle possède de grandes qualités (économique, écologique, drainage) mais elle impose un savoir-faire complexe dans sa mise en œuvre. Le territoire du Parc National des Écrins compte de nombreux ouvrages de ce type, notamment les terrasses agricoles et abris de montagne.

Plusieurs stages entièrement gratuits sont organisés chaque année par le Parc national au sein de communes partenaires. Ils visent à faire découvrir aux habitants et artisans locaux cette technique trop souvent oubliée et remplacée par des ouvrages en béton.

Terrrasse de Réallon pendant le chantier de restauration 2016 © M.Pottier - Parc national des Ecrins

L’usage de la pierre sèche peut également sortir du cadre de la restauration et s’appliquer à la construction d’ouvrages paysagers contemporains de qualités qui valorisent les hameaux. L’encadrement est assuré par un murailleur professionnel, missionné par le centre de formation du Gabion, spécialisé dans l’écoconstruction.

abri hivernet avant restauration 2016 © Parc national des Ecrins abri hivernet après restauration 2016 © M.Pottier - Parc national des Ecrins

Abri hivernet dans le paysage 2016 © M.Pottier - Parc national des Ecrins
L'abri de l'Hivernet (Embrunais), intégré dans le paysage

Quelques Chantiers de restauration accompagnés par le Parc national des Écrins

La chapelle des Roranches

Deux campagnes de travaux ont été nécessaires à la restauration de cette jolie chapelle située sur la commune de Saint-Jean-Saint-Nicolas. La première s'est attachée à la stabilisation de la voûte en plein cintre et à la réfection de la charpente et couverture dans son matériau d'origine, l'ardoise.

La seconde campagne à permis de restaurer les enduits extérieurs et intérieurs et leurs badigeons, les vitraux et les planchers.

Chapelle des Roranches avant restauration - 2013- © M.Corail - Parc national des Ecrins Chapelle des Roranches après restauration - Terrrasse de Réallon pendant le chantier de restauration 2016 © M.Pottier - Parc national des Ecrins

Elle ajoute à présent un véritable attrait architectural à la boucle de promenade partant du hameau des Roranches et empruntant une petite section du GR 50.

Le four du hameau des Courts, les Costes

Une étude préalable a été conduite par un professionnel de l'architecture dans le cadre d'une action Leader portée par le CAUE des Hautes-Alpes. Un diagnostic conforté par le suivi technique et financier réalisé par le Parc national et la bonne collaboration avec la commune, qui ont permis d'aboutir à une restauration partielle. Ce nouvel espace mi-ouvert est plus agréable pour les moments festifs, permettant de conserver l'espace de cuisson et un lien vers l'extérieur dans une ambiance moins enfumée.

Four des costes avant  restauration  © Parc national des Ecrins Four des Costes après restauration 2016 © M.Pottier - Parc national des Ecrins

Outre la reprise complète de la charpente et de la couverture, des enduits intérieurs et extérieurs, une hotte a été mise en place.

La chapelle des Michauds, à Buissard

Une très belle réussite de sauvetage d'un édifice oublié ! Encore envahie par la végétation et à la limite de la ruine en 2012, la chapelle offre aujourd'hui un nouvel intérêt aux promeneurs, qui sont chaque jour plus nombreux.

Les travaux de maçonnerie furent conséquents pour stabiliser l'édifice avant qu'une toiture neuve ne soit posée. Ils eurent d'ailleurs une saveur toute particulière pour le maçon local les ayants exécutés, ce fut son dernier chantier avant la retraite, comme une cerise sur le gâteau !

Chapelle de Buissard, 2012 - avant restauration - © Y.Baret - Parc national des Ecrins Chapelle de Buissard, 2014, après restauration - © Y.Baret - Parc national des Ecrins

Les décors intérieurs peints furent également restaurés par une artiste des Hautes Alpes, en respectant les couleurs d'origine et les matériaux traditionnels.

C'est enfin un beau témoignage de l'implication bénévole des habitants à la protection de leur patrimoine, notamment par leurs actions de débroussaillage. Ils ont également participé aux aménagements en pierre sèches des abords de l'édifice sous les conseils avisés d'un artisan spécialisé, financé par le Parc national.

Le moulin du Casset, au Monêtier-les-Bains

Le patrimoine bâti ne doit pas seulement être restauré, il doit également être compris de tous.

Moulin du Casset - 2010, avant restauration © Y.Baret - Parc national des Ecrins Moulin du Casset, après restauration- 2016 © M.Pottier - Parc national des Ecrins Moulin du casset - muséograhie © M.Pottier - Parc national des Ecrins

Le moulin du Casset, qui possédait encore toute sa chaîne de production, a donc fait l’objet d’un important projet muséographique au sujet de la production de farine.

Moulin du casset - muséograhie © M.Pottier - Parc national des Ecrins

Le bâtiment à été entièrement restauré, avec l’aide du Parc national, ainsi que toute la machinerie et le système d’adduction d’eau qui peut dorénavant être mis en marche pour les visiteurs.

Les vitraux de l'église de Villard Notre-Dame

La restauration d'une chapelle, ce n'est pas toujours un chantier de grande envergure. Le Parc peut également soutenir de petites actions concrètes qui remettent un ensemble en valeur. C'est le cas de la restauration des vitraux de l'église de Villard Notre Dame, (dont un du XVIe siècle) qui ont retrouvé leur éclat originel.

Le site est régulièrement utilisé pour des rencontres festives autour de la cuisson du pain.

Vitraux Villard Notre dame © Parc national des Ecrins Vitraux Villard Notre dame © Parc national des Ecrins

Le four et le lavoir des Faures, Valjouffrey

Deux restaurations en une pour ce site singulier qui réunit en un lieu le feu et l’eau.

Relevés four et lavoir des faures - © Y.Baret - Parc national des Ecrins four et lavoir des faures pendant les travaux - © Y.Baret - Parc national des Ecrins

Le projet de confortement et de mise en valeur à été accompagné de bout en bout par le Parc. La couverture, indispensable au four qui se dégradait, à été prolongée jusqu’au lavoir afin lier les deux éléments en un espace commun.

Four et lavoir des faure après restauration - 2009 © Parc national des Ecrins Inaugruation four des faures - 2009 - © Parc national des Ecrins