En savoir plus sur les chiens de protection

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Quel est leur rôle et les qualités attendues ? Quelles sont les races utilisées et quelle efficacité face à la prédation ?

Chien de protection type Berger d'Anatolie © Fabien Thibault - Parc national des ÉcrinsLe chien de protection est avant tout un chien, mammifère domestique appartenant à la famille des canidés, carnivore à tendance omnivore, un animal avec sa part d’instinct et de prédateur. Il a une mâchoire puissante. Son cerveau est de plus petite taille que celui du loup : en effet, entre un chien et un loup de poids équivalents, le volume du cerveau du chien représente 2/3 de celui du loup.

En revanche, tout comme le loup il possède des sens très développés. Le sens de l’odorat est beaucoup plus développé chez le chien que chez l’homme. Le nombre de cellules olfactives qui servent aux décryptages des odeurs y est 35 à 50 fois plus élevé. Il est ainsi capable de déceler et de suivre une odeur précise parmi un multitude d’autres odeurs.

Concernant l’ouïe, le chien est capable d’entendre les ultrasons. Il a la capacité de localiser une source sonore grâce à l’orientation de ses oreilles. Bien que le chien distingue mal les couleurs et les détails, il a une assez bonne vision de nuit et un large champ de vision. En vieillissant, le chien perd la vue, et l’ouïe.

Chien de protection type "patou" © R.Papet - Parc national des Écrins C’est un animal social capable de vivre en groupe et de communiquer. Il possède un répertoire d’environ une trentaine de signes d’apaisement, connus à ce jour. Ces signes, dont le nombre utilisé est variable d’un chien à l’autre, servent à communiquer entre chiens ou avec l’homme : léchage, bâillement, rotation du dos ou de la tête, marche lente, approche en arc de cercle, …

Le chien de protection est de type molossoïde, c’est-à-dire un chien de grande taille et bien charpenté (hauteur de 60 à 80cm, poids de 30 à 60 kg), avec une robe souvent de couleur blanche, une tête ronde et forte, un museau plutôt large et non pointu, des oreilles tombantes, capable d’aboiements graves, profond et très sonores.

Un comportement basé exclusivement sur la dissuasion

Pour protéger leurs troupeaux contre divers prédateurs, les éleveurs ont sélectionné un chien qui possède de bonnes aptitudes physiques (corpulence, résistance, flair, …) et mentales (courage, vigilance, …).

chien protection © R.Papet - Parc national des Écrins Ce chien de protection, a pour seule fonction de dissuader tout intrus de s’approcher du troupeau. C’est un chien de travail attaché au troupeau, pas un chien de compagnie, et encore moins un chien d’attaque. Sa mission est bien dissociée de celle du chien de conduite qui mène le troupeau et reste attaché au berger.

Cette dissuasion est essentiellement basée sur une présence physique grâce à une morphologie imposante et des aboiements puissants, des déplacements au sein du troupeau et la capacité de s’interposer.

Le chien de protection travaille de façon autonome, il accompagne son troupeau et veille sur lui sans relâche, nuit et jour. Dès qu’il détecte une perturbation dans son environnement, il donne l’alerte en aboyant et peut s’interposer entre le troupeau et la perturbation. Si un intrus s’approche du troupeau et ne comprend pas ces avertissements, une confrontation directe est alors possible.

Quelles sont ses qualités attendues ?

Chien de protection type Berger d'Anatolie © L.Imberdis - Parc national des Écrins Pour qu’un chien de protection soit considéré comme efficace, il doit posséder des caractéristiques comportementales, physiques et mentales spécifiques à sa fonction de dissuasion.

- L’aptitude à la protection est caractérisée par un chien qui possède des capacités physiques et psychologiques permettant d’évaluer le niveau de perturbation du troupeau et d’adapter sa réaction à cette situation. Le chien se place en général entre l’intrus et le troupeau. L’aptitude à la protection est partiellement génétique mais surtout fortement liée à l’attachement du chien aux animaux du troupeau ainsi qu’à l’éducation.

- La loyauté est le respect du chien vis à vis des individus du troupeau, ainsi que des règles sociales du groupe d’animaux. Cela se traduit par l’absence de prédation, le respect de la quiétude et des activités du troupeau, des comportements d’investigation (renifler ou lécher le museau ou l’anus), et de soumission aux animaux du troupeau (détourne le regard, avoir les oreilles baissées, se présenter sur le dos).

- L’attachement au troupeau est le lien affectif entre le chien de protection et les animaux du troupeau. Ces derniers satisfont les besoins sociaux du chien qui reste en permanence avec le troupeau. La période pendant laquelle ce lien se crée se situe entre la 3ème et la 16ème semaine (Coppinger & Coppinger 2005).

- La socialisation à l’homme et à son environnement correspond à l’acceptation par le chien des activités humaines qui ne perturbent pas le troupeau.

Différentes races de chien de protection

chien protection © M.Corail - Parc national des Écrins  Chien de protection type Berger d'Anatolie © Fabien Thibault - Parc national des Écrins

Chien de protection type Matin espagnol © Pascaline Brien Le Montagne des Pyrénées ou Patou : c'est le plus couramment utilisé (photo ci-dessus à gauche). Le Berger de Maremme et des Abruzzes, plus svelte que le Montagne des Pyrénées est également de couleur blanche.

Le Berger d’Anatolie (photo ci-dessus à droite) est également présent dans les alpages des Ecrins.
Plus rarement, on croise aussi le Matin Espagnol, un chien très massif, de couleur plus foncée (photo à droite).

En France, ce sont ces races qui sont les plus utilisées, mais il a été constaté que les différences de tempérament entre chiens d’une même race sont souvent plus grandes qu’entre les races de chiens (Lorenz 1985).

Les chiens de protection sont nécessaires à la protection des troupeaux depuis le retour du loup en France.

Le louLoup  © R.Papet - Parc national des Écrinsp gris (Canis Lupus) appartient à la famille des canidés comme le chien et le renard.
Il a recolonisé la France depuis 1992, à partir de la population italienne. Il est maintenant présent dans 37 départements du Sud-Est de la France, du Massif central et des Pyrénées mais aussi dans le massif vosgien et en Lorraine. En 2017, la France compte 63 ZPP (zone de présence permanente) et 52 meutes. Les effectifs nationaux estimés se trouvaient dans une fourchette de 265 à 402 individus en mars 2017.

Les loups présents en France ont un pelage à dominante beige-gris, avec un liseré noir sur les pattes antérieures. Ils présentent un masque facial clair. Le dos montre des nuances plus foncées que la partie inférieure du corps (notamment en hiver).

En Europe du Sud, le poids d’un mâle adulte varie de 20 à 40 kilos, celui d’une femelle adulte de 18 à 30 kilos. Sa taille est de 60 à 70 centimètres au garrot pour une longueur de 110 à 150 cm . L’avant-train du loup est plus puissant que celui d’un chien à taille globale similaire. Sa tête est plus large et les oreilles sont proportionnellement plus petites, plus écartées et de forme générale plutôt arrondie. Les yeux, obliques avec l’iris jaune sont constitués d’un tissu particulier qui lui permet de voir dans des conditions d’éclairement très faibles.

La règle principale qui régit la prédation du loup est l’opportunisme, cela signifie que ce sont l’abondance et la vulnérabilité des proies qui conditionnent les choix alimentaires du prédateur. Son régime alimentaire est essentiellement carnivore et porte sur les grands ongulés : cerfs, chevreuils, chamois, sangliers, et mouflons. Le cheptel domestique fait aussi l’objet d’une prédation marquée. Cependant, l’analyse des poils contenus dans les excréments, recueillis sur un échantillon de neuf meutes de loup du massif alpin, montre que leur régime alimentaire est constitué de 76 % d’ongulés sauvages, de 16 % d’ongulés domestiques et de 8 % d’autres proies. Le régime alimentaire n’est pas figé dans le temps et évolue en fonction de la situation des proies présentes.

La prédation du loup sur les troupeaux est globalement en augmentation, suivant en cela l’expansion géographique de l’espèce depuis son retour en 1992 dans le Mercantour. En 2017, ce sont près de 11 803 animaux d’élevage (en majorité des ovins) qui ont fait l’objet d’un constat d’attaque pour un montant de 3,7 M€. Les départements du Sud-Est de la France subissent près de 70 % des attaques. Les dégâts causés par le loup ne sont donc pas répartis de manière homogène sur le territoire. Il y a ainsi des zones que l’on appelle des ‘foyers d’attaque’. le Parc national du Mercantour et le site de Canjuers rassemblent près de 50 % des victimes.

chien protection © JP-Nicollet - Parc national des Écrins Le loup est actif toute l’année, surtout à l’aube et au crépuscule. Un loup adulte peut parcourir une trentaine de kilomètres en une nuit.

La combinaison des trois moyens de protection la nuit fonctionne bien, si bien qu’on observe un report des attaques sur la journée dans certains territoires. Il existe des cas où le loup exerce une pression de prédation forte, avec une présence à proximité du troupeau pendant toute la nuit avec des tentatives d’attaque à répétition. Cette présence constante pendant toute une nuit demande aux chiens de protection de rester en alerte pendant de longues heures, et de nombreux efforts physiques afin de déjouer les approches du loup.

Il a également été démontré que le loup est souvent omniprésent à proximité des troupeaux la nuit, et que dans la moitié des cas il ne fait que passer. Ainsi, voir le chien de protection dormir la journée n’est pas anormale. En journée avec un temps clément et un paysage ouvert les conditions sont moins propices aux attaques, donc le chien de protection peut se permettre d’être moins en alerte et de se reposer.

Quelle est l'efficacité des chiens de protection ?

Les moyens de protection permettent de limiter l’importance des dégâts. Cette efficacité fluctue dans un contexte naturel, par rapport à la pression de prédation, au nombre d’années d’utilisation des dispositifs, et la taille du troupeau. L’efficacité de la protection est améliorée lorsque les moyens de protection sont combinés. Il est également nécessaire de rappeler que le rôle du chien de protection est de repousser le loup et non de l’attaquer et de le tuer.

chien protection © R.Papet - Parc national des ÉcrinsIl est difficile de mesurer l’influence des chiens de protection sur la protection car la pression de prédation varie au cours de l’année, et d’une saison à l’autre. L’évaluation de l’efficacité du chien dépend de nombreux facteurs qui influencent directement l’efficacité réelle du chien (Landry 2004). Ces facteurs peuvent être la topographie du terrain, les conditions climatiques, le type de milieu pastoral, le nombre, l’âge et la qualité des chiens, la densité de prédateurs et la pression de prédation qui s’exerce sur le troupeau, l’espèce et la race des animaux à protéger, leur nombre et leur mode de conduite.

Chien de protection type "patou" © C-Coursier - Parc national des Écrins Le chien de protection permet de limiter les dommages, mais il ne peut assurément pas les faire disparaître entièrement. En particulier, l’efficacité du chien montre ses limites lorsque la visibilité est moindre (milieu boisé ou embroussaillé, brouillard), le troupeau est étalé pour manger, les chiens dorment au moment de la chôme, le troupeau se scinde ou des animaux restent isolés du reste du troupeau, il existe des perturbations olfactives ou des atténuations de bruits du troupeau.

Pour obtenir une protection efficace, le nombre de chiens varie en fonction de la taille du troupeau, de l’allotement, de la vulnérabilité des secteurs de pâturage, de la fréquentation humaine, de la présence ou non d’une meute de loups et de l’espèce à protéger … Face à plusieurs loups, il semble cohérent d’avoir plusieurs chiens.

 

Quelle éducation pour les chiens de protection ?

chien protection © JP-Nicollet - Parc national des ÉcrinsLe chien de protection est un chien qui naît au sein du troupeau de parents en activité de protection. Pendant les premières semaines, le chiot est au sein du troupeau, et reçoit une éducation par ses parents, et l’éleveur afin qu’il adopte le bon comportement vis à vis du troupeau. Le lien affectif entre le chiot et le troupeau se développe entre sa 3ème et sa 16ème semaine, il le considérera à terme comme sa famille, et d’instinct le protégera.

La socialisation à l’homme est également très importante, elle débute avec des manipulations quotidiennes courtes par l’éleveur, puis se poursuit progressivement avec d’autres personnes.

Pour être efficace face au loup, le chien de protection n'a pas besoin d'avoir un comportement agressif le reste du temps. Des études ont prouvé qu’il n’y a pas de corrélation entre agressivité contre le loup et agressivité contre les hommes. Le chien de protection est capable de faire la différence.

Chiens de protection : un contexte et des gestes à adopter

Date de publication sur le site : 
Mardi, 31 Juillet, 2018