Des glaciers du monde aux effondrements alpins : ça chauffe...

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Les effets du réchauffement climatique touchent la montagne en premier lieu. Un constat à l'échelle mondiale et très accentué dans les Alpes. Glaciologues, géomorphologue et géographes sont venus en témoigner, dernières données scientifiques à l'appui, auprès des agents du Parc national.

Bernard Francou, glaciologue - journée scientifique PNE © P.Saulay - Parc national des Écrins La "réponse des glaciers" au climat, Bernard Francou, glaciologue, l'a constatée de façon différenciée, en rassemblant les données des bilans de masse de 57 glaciers dans le monde.

Un travail qu'il a présenté récemment à l'occasion de la "journée scientifique", rendez-vous annuel de formation interne organisé pour les agents du Parc national des Ecrins par son service scientifique. Cette année, l'impact sur la haute-montagne du réchauffement du climat était au centre des présentations des scientifiques invités à partager les connaissances acquises sur ces sujets.

Concernant le climat, la sonnette d'alarme est tirée depuis des décennies... sans grands effets alors même que les décideurs enchaînent les COP pour tenter d'en limiter les dégâts.

 journée scientifique PNE © P.Saulay - Parc national des Écrins " Des périodes chaudes dans les fluctuations du climat depuis 20 millénaires, les scientifiques sont capables de les identifier. Il s'agissait alors d'une "variabilité naturelle" qui date d'avant l'ère anthropocène " rappelle Bernard Francou, et que l'on peut repérer dans les carottes de glace prélevées en Antarctique : 3 km de glace permettent de remonter à moins 740 000 ans...

La "signature humaine" de l'accélération du phénomène est indiscutable, liée à notre combustion des énergies fossiles (gaz à effet de serre) : c'est lisible dans les bulles d'air emprisonnées dans les carottes de glace, par l'étude des isotopes du carbone dans le CO2."

Mylène Bonnefoy - IRSTEA -  journée scientifique PNE © P.Saulay - Parc national des ÉcrinsMylène Bonnefoy, chercheuse à l'IRSTEA, a détaillé les résultats des travaux menés avec Emmanuel Thibert, notamment sur le glacier Blanc.

Les méthodes de suivi se complètent, y compris les recherches historiques en matière de cartographie qui permettent de reconstituer des modèles numériques de terrain pour des périodes anciennes...

Des éléments précis qui contextualisent parfaitement le travail réalisé par les agents du groupe "Glaciers" du Parc national dont les données collectées viennent alimenter ces hautes études.

En 12 ans, la superficie des glaciers des Alpes est passée de 275 à 228 km2, celle des glaciers des Ecrins est tombée de 68 à 59 km2.

Dans les Alpes, ça va beaucoup plus vite qu'ailleurs, sans que l'on sache expliquer encore pourquoi.

Encore un constat sans appel dont les études menées au sein du laboratoire EDYTEM par Ludovic Ravanel, géomorphologue et Jacques Mourey, géographe, témoignent elles-aussi. Dans leur présentation, ils montrent comment les écroulements et retraits glaciaires transforment la physionomie de la haute montagne... et la pratique de l'alpinisme. 

Ludovic Ravanel - Edytem - journée scientifique PNE © P.Saulay - Parc national des Écrins Jacques Mourey - Edytem - journée scientifique PNE © P.Saulay - Parc national des Écrins

Le permafrost est un "état thermique qui ne se voit pas". Il correspond aux "terrains dont la température reste durablement négative" précise Ludovic Ravanel. Avec l'augmentation des températures, le ciment de glace situé dans les fractures des roches dont il assure la cohésion, ne résiste plus... Le permafrost répond donc lui-aussi au réchauffement du climat. Les écroulements, pour certains spectaculaires, ont des effets sur la stabilité des infrastructures d'altitude, sur l'accès aux voies, sur les métiers et l'économie de la montagne.

Les voies normales d'hier ne sont déjà plus tout à fait celles d'aujourd'hui. Celles de demain sont, pour certaines, à inventer.

Si ces chercheurs étudient surtout le coeur des parois et les pratiques dans le Mont-Blanc, ils pourraient bientôt s'intéresser aussi aux Ecrins, tout aussi concerné.

Benjamin Ribeyre, guide de haute-montagne Ecrins -  © P.Saulay - Parc national des Écrins

L'emblématique Meije a été marquée cet été par un monumental effondrement, au niveau du glacier Carré.

Benjamin Ribeyre, guide de haute-montagne à La Grave, compte parmi les professionnels qui réfléchissent sérieusement à l'avenir de l'itinéraire de la traversée de la Meije, devenu impraticable depuis le 7 août dernier.
Une réflexion en cours dont on peut découvrir le cheminement depuis l'accident de cet été dans l'article qu'il a signé dans Alpine Mag : Éboulement à La Meije : la voie normale sera t-elle possible dans le futur ?

Vous pouvez télécharger les présentations de Bernard Francou, Mylène Bonnefoy et Ludovic Ravanel ci-dessous.

Julien Charron, chargé de missions "glaciers, refuges et sports de nature" au Parc national des Ecrins - © T.Maillet - PNE Lire aussiTrop chaud pour le glacier Blanc... et pour La Meije aussi ! 

Ecouter l'interview de Julien Charron, chargé de mission "Glaciers, refuges et sports de nature" à l'antenne de la RAM : Alpinisme et réchauffement climatique