Les lacs, miroirs fragiles des Écrins

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Au même titre que les glaciers, les lacs sont emblématiques des paysages de montagne. Patrimoine esthétique et touristique inestimable, ils constituent également une ressource en eau qui mérite toute notre attention.

Miroirs flatteurs des hauts sommets, les lacs de montagne, sont une halte pour le randonneur ou le pêcheur contemplatif...

Ces écosystèmes d'altitude peuvent héberger certaines populations qu'il convient de protéger. A fortiori dans le coeur d'un parc national. L'équilibre est fragile. Les lacs "collectent" les rejets de refuges, déjections de troupeaux.... et même des pollutions atmosphériques plus lointaines.

Une gestion adaptée au contexte propre de chaque lac doit permettre de préserver les milieux et les activités économiques qui y sont liés.

Un séminaire technique sur "Les lacs et torrents de montagne" est organisé par le Parc national des Écrins, les 3 et 4 novembre 2010.
Pour en savoir plus, pour participer : lire l'article "Ponglée dans les lacs et torrents de montagne"

 

Des milieux fragiles à préserver

Les études réalisées sur les lacs confirment la fragilité de leur équilibre... et la nécessité d'une gestion au cas par cas. Pour cela, au-delà des observations scientifiques, le Parc national coopère tout particulièrement avec les Fédérations et l'Office national de l'eau et des milieux aquatiques (ONEMA).

Les lacs constituent également une ressource en eau qui mérite toute notre attention. Il ne sont pas à l'abri de pollutions, même lointaines (pluies acides...), mais sont surtout très sensibles à leur environnement immédiat.

Dans les Écrins, les études menées depuis 1992 par Rémi Chappaz et Laurent Cavalli (laboratoire d'hydrobiologie de Marseille) ont permis de progresser dans la connaissance de chaque lac. Les scientifiques ont observé une faune et une flore particulière formant un patrimoine à préserver... Ainsi, les (rares) amateurs peuvent toujours se baigner dans les lacs du Parc national mais les autres activités nautiques ou encore la plongée ne sont pas autorisées.

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Contrairement à la chasse, la pratique de la pêche (et donc des alevinages), n'a pas été interdite par la création des parcs nationaux en montagne. Pour en assurer une gestion cohérente, les Fédérations départementales pour la pêche et la protection du milieu aquatique sont des partenaires importants du Parc.

À ce titre, le second volet de leur mission, souvent méconnu, est particulièrement adapté ! En s'appuyant sur les études scientifiques, un alevinage unique en début d'été et le choix d'une seule espèce par lac (à l'exception du Lauvitel) sont désormais établis dans le parc.

Lire aussi l'article Lacs et alevinages : des poissons... pour la pêche

Ce travail en commun a permis de définir des objectifs en fonction des potentialités de chaque lac.

Limiter les rotations d'hélicoptère est une autre préoccupation du Parc national. Pour réduire les alevinages, on pourra chercher à utiliser des populations capables de se reproduire... mais sans nuire aux autres éléments de l'écosystème. Le souci de la qualité des souches mais aussi de conserver la réversibilité de la gestion sont mis en avant, ainsi que son évaluation.

En altitude, les lacs restent gelés une grande partie de l'année, ce qui réduit leurs possibilités biologiques

C'est l'écart de température entre l'eau de surface et l'eau de fond du lac qui détermine le "fonctionnement" d'un lac de montagne. Si l'on y trouve des poissons, c'est qu'ils y ont été introduits.

Les lacs de petite taille n'ont pas toujours été alevinés. Ils sont des références. Certains d'entre-eux hébergent d'ailleurs encore le Triton alpestre qui ne supporte pas la concurrence avec les salmonidés.

Les lacs des Écrins, au nombre d'une soixantaine dans le coeur du parc national, sont de dimensions relativement restreintes : environ 5 ha de superficie pour quelques 14 m de profondeur en moyenne.

L'origine des lacs des Écrins

Elle est étroitement liée au système d'érosion glaciaire.

Lacs de cuvette

Ce sont les grands glaciers de l'ère quaternaire qui, en s'écoulant jusqu'à Lyon et Sisteron ont surcreusé les zones de roche plus tendres. Lorsque les glaciers ont fondu, il y a 8000 ans, ces dépressions sont devenues des lacs.

Comme ici, le lac des Pisses (Champsaur)

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Lacs de barrage

Des cuvettes ou des replats ont pu être augmentés par des dépôts de moraines laissés par les glaciers.
C'est le cas du lac d'Arsine (Briançonnais - photo ci-dessous)

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Des éboulements venus des versants abrupts ont pu jouer le rôle de barrage naturel comme dans le cas du Lac du Lauvitel.

Lacs mixtes

Ils résultent de la combinaison des deux facteurs précédents.

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Dans le cas du Grand lac des Estaris (ci-dessus), c'est un surcreusement glaciaire rehaussé par des moraines qui forment la cuvette lacustre.

Différents types de lac

Il existe une typologie des lacs de montagne, réalisée à partir de leurs caractéristiques physiques et de leurs potentialités biologiques.

Les lacs polaires, dégelés pendant 2 à 3 mois, sont les plus froids et ont une très courte période estivale de production biologique.
Ils sont apparus au cours du retrait des glaciers, comme les lacs des Rouies, d'Arsine, des Quirlies ou de l'Eychauda (photo ci-dessous). Ils sont dits oligothrophes : pauvres en nourriture.

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Lac de l'Eychauda - lac polaire - dégel 2 à 3 mois

Les lacs froids, dégelés pendant 3 à 4 mois, sont la catégorie la plus représentée.
D'une eau limpide (car faiblement minéralisée), ils ont un bassin versant de roches nues ou peu végétalisées comme les lacs du Vallon ou de Puy Vachier.

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Lac de Crupillouse - Lac froid - dégel 3 à 4 mois

Les lacs de pelouse (végétation dominante de leur bassin versant) sont soumis à des conditions climatiques plus clémentes avec 4 à 5 mois de dégel comme les lacs Long, Profond, Jumeaux, Lérié et Noir. On trouve dans leurs eaux une végétation aquatique traduisant une plus grande productivité biologique.

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Lac du Lauzon - Lac de pelouse - dégel 4 à 5 mois

Les lacs verts ne sont pas représentés dans le massif des Écrins. Dégelés pendant 6 mois de l'année, ils sont plus chauds mais surtout plus "productifs". À l'inverse des lacs polaires, ils sont dits eutrophes (riches en nourriture). Ce sont les matières organiques en suspension qui leur donnent cette couleur verte.

Dans les Écrins, le Lauvitel est le seul grand lac d'altitude. Ce type de lac est d'ailleurs assez rare. Ses dimensions sont nettement supérieures à celles des autres types de lacs de montagne.
D'une supérficie de 37 ha, avec une profondeur maximale de 68 m, il est dégelé pendant 7 mois.

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Lac du Lauvitel - Grand lac d'altitude - dégel 7 mois

Situé à 1495 m d'altitude, le lac du Lauvitel est un grand lac d'altitude...qui ne fonctionne pas comme un lac d'altitude. Un cas à part.

Il subit d'importantes variations de niveau en fonction de l'apport d'eau de fonte du petit glacier des Pisses. Très attractif pour la pêche, c'est le seul lac des Écrins qui "supporte" l'introduction de deux espèces en même temps. Et les alevinages sont réalisés à dos de mulets.

La partie sud du lac et le fond du vallon du Lauvitel sont classés en réserve intégrale depuis 1995.

Vivre en eaux froides

Les espèces présentes sont celles capables de résister aux conditions extrêmes...

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La linaigrette.                                                            Le triton alpestre

Peu de grandes plantes se développent aux abords ou dans les lacs de montagne, hormis quelques sphaignes, joncs ou la cotonneuse linaigrette près des lacs de pelouse.

En revanche, les scientifiques ont repéré de très nombreuses algues microscopiques, différentes selon les lacs. Elles forment un phytoplancton très riche qui va alimenter toute une série d'invertébrés : vers, mollusques, insectes et crustacés... très discrets. Cyclopes et autres Daphnies constituent l'essentiel du zooplancton, utile notamment à l'alimentation des alevins transportés jusque dans les lacs pour la pêche. Les diptères sont également assez bien représentés

Quant aux poissons, ils "montent" désormais le plus souvent par hélicoptère... et tentent de grandir. Quant à se reproduire, c'est une autre histoire.

Le Triton alpestre est un batracien rare qui ne supporte pas la concurrence avec les salmonidés. Cette espèce autochtone fait l'objet de mesures de protection. Elle survit dans certains petits lacs qui n'ont jamais été alevinés.

Lire l'article paru dans Alpes magazine sur les lacs et les tritons

Vie et mort d'un lac de montagne...

De sa naissance à sa mort, le lac de montagne évolue normalement vers une plus grande richesse biologique : l'enrichissement en matières organiques et l'apport de sédiments drainés par leurs affluents. C'est ce que l'on appelle l'eutrophisation. Un phénomène naturel, imperceptible pour les lacs de haute altitude et plus facile à observer pour les lacs de pelouse : la décomposition progressive des matières organiques comble la cuvette lacustre jusqu'au stade ultime : la tourbière.

Le phénomène peut s'accélérer en fonction des activités de l'environnement proche comme la présence de troupeaux ou les effluents d'un refuge qui apportent des matières organiques extérieures.

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La tourbière de la Muzelle dissimule une dépression, créée par un surcreusement glaciaire. Elle était jadis occupée par un lac. Des sédiments s'y sont accumulés pendant plus de 14 000 ans.

Pour en savoir plus

• Lacs de montagne : mieux connaître et bien gérer - J-P Martinot et A. Rivet. Parc national de la Vanoise - disponible au Centre de documentation du Parc national des Écrins.

• Lacs du Dauphiné, de Belledonne au Queyras - Serge Coupé - Glénat, 1997 - L'auteur présente des itinéraires et donne des conseils halieutiques.

• Rapports d'études hydrobiologiques concernant différents lacs des Écrins réalisés pour le Parc national par Laurent Cavalli et Rémi Chappaz du laboratoire d'hydrobiologie de l'Université de Provence (Marseille) - consultables au Centre de documentation du Parc, domaine de Charance, Gap.

A lire aussi sur ce site internet :

L'édito de Bernard Fischesser, Ancien membre du Comité scientifique du Parc national des Écrins - Echo des Écrins n°22 - printemps 2004.

L'article Un pavé dans le lac - été 2010
Jeu de mot facile pour retracer le travail au lac du Pavé, consistant à mesurer différents paramètres comme la température, les dimensions du lac, le zooplancton, les sédiments...

 

L'article Vigilance sur la qualité de l'eau
Ponctuellement, des anomalies bactériologiques ont été mises en évidence par le suivi mené pendant trois ans au coeur des Écrins.

 

 

 

 

Regards poétiques : lacs des Écrins

2010-10-livre-lacsC'est un ouvrage d'auteurs qui renouvelle le genre puisqu'il propose un rendez-vous avec 90 personnages du massif des Ecrins : les lacs. Chacun fait l'objet d'une écriture photographique et rédactionnelle. Par delà ces interprétations sensibles, les pages techniques apportent tous les renseignements indispensables pour partir à leur rencontre.

Lacs des Écrins, photographies de Bertrand Bodin, textes de Claude Dautrey, Éditions Libris

Des posters, cartes postales et documents vidéo sont également disponibles dans les Maisons du Parc des Écrins ou sur la boutique du site internet.